Un brin d'herbe

Publié le par la freniere


Un brin d'herbe tressaille et s'entortille dans mes mots. Se mêlant aux virgules, sa fragile apparence forme déjà la phrase. On peut entendre les pas furtifs de la pluie sur le papier, le crissement des cigales quand on tourne la page, le vent dresser le point sur la tête d'un i. Écorché par les ronces, je cherche les mots doux, cela qui n'a pas de nom, la légèreté du silence, l'envers invisible des choses. Je quête la lumière dans le violet des ombres, un monde ouvert au jeu, à l'invention, au rire. Pourquoi sommes-nous là ? L'eau pensive médite la question du soleil. La sève lui répond à chaque nouvelle feuille. Toutes les vieilles odeurs couronnent le poème. Le miasme des sons se mélange à l'humus, le sel de mer aux jambages des lettres. L'iode et le varech épicent l'encrier. La boue lourde aux souliers s'allège dans les mots. Le sang tâtonne maladroit d'une amibe perdu au cou vert d'un colvert, du berceau d'un bosquet au vol d'un oiseau. La vie avec le temps digère ce qui meurt. Les bras chargés de sens, les deux pieds dans la marge, le front collé au vent, j'habite l'émotion. Chaque chose que je nomme alimente un feu de paille. Courant entre les lignes, je soulève à grand peine le rêve d'un enfant. Ignorant les guérites, je pousse ma brouette jusqu'au péage final. Où certains paient leur vie d'une poignée de cartouches, je n'aurai à offrir qu'un espoir d'eau fraîche, le filet d'une source que l'on croyait tarie.


Publié dans Prose

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