Le plein

Publié le par la freniere


Bien avant l'autoroute et les postes à péages, je m'arrête au cerveau faire le plein de sens. Les i en viennent aux points. Les y sémaphorent. Les e muets se taisent. Les virgules donnent le change. Quelques oiseaux se posent sur la barre des t. Les a, les b, les c mélangent leur pinceau et les o font de l'œil. Les d claquent des dents. Les f crachent les leurs. Les p s'impatientent sur une unique patte. L'autoroute elle-même fait claquer ses bretelles. Je voudrais aller plus loin, plus haut, rouler des roues, soulever les hauteurs, éparpiller les heures, agir au lieu de subir. C'est décidé, je change de trajet. Je cours dans la marge en direction du cœur. J'ai changé mon auto pour une paire de godasses, l'odeur de l'essence pour celle des pivoines, de l'encre et du fumier, le concert des klaxons pour le cri des huards. Je vois déjà la mer dans les yeux d'un chevreuil, du ciel dans l'ornière, l'infini près d'un arbre.


Publié dans Prose

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