Il suffirait d'une goutte

Publié le par la freniere


Chez les hommes de guerre, une balle ne vaut que le poids de sa haine. Ils préparent la mort comme on fait d'un festin. Lorsque leur front heurte le ciel, leurs pieds enjambent des cadavres. Leur moisson ne sera qu'une poignée de cendres. Il ne faut plus mêler le bien avec le mal, la prière et les dieux, l'espérance et l'argent. La terre ouvre sa bouche pour la pluie. Une simple goutte d'eau peut agrandir le fleuve. La terre germe têtue. Chaque matin, elle refait son bouquet que le vent dénouera pour le porter ailleurs. Pour remercier le ciel, les arbres donnent leur ombre. Je vois déjà les fruits dans la prunelle des bourgeons. Je m'égare. Je me trouve. Je ne vois plus la route dans la brume des heures. Je n'ai plus que mes mots pour répondre présent. Je quête l'or du temps dans la boue des secondes et mes ongles font face aux pierres des donjons. Je cherche une lumière plus vaste que la vie. Dans le futur de la fin, vais-je reprendre pied ?

Autour d'un écran, d'un portable, d'un spectacle, les hommes se réchauffent d'un mensonge. Le regard des voyeurs agite ses voyants. Les arbres de la ville se dressent comme une accusation. Les morts chantent sous la tombe. Les herbes grattent sous l'édifice. La sève s'illumine sous l'écale des fruits. Le froid cherche une flamme attisée par le vent. Les larmes s'entremêlent au secret d'une tête. Entre deux orages, un arc-en-ciel sur l'abîme est un pont éphémère. Je le traverse malgré tout sur les pas de l'espoir. Les pulsations du cœur m'étonneront toujours. Elles sont comme une main sur une poignée de porte qu'on s'apprête à ouvrir. La source fait la belle derrière le désert. La chair fait de l'œil derrière le désir. Nos mains tendues vers l'univers se transforment en appel. Je est un autre. La peau des inconnus continue notre peau. La ligne d'horizon n'est pas le bout du monde. Tous les gestes s'envolent sur des ailes de chair. Chaque main dressée en est l'écho.

Tant de blessures racontent l'homme. Tant de peurs le résument. Tant de visages pour être seul. Tant de cris sans échos. Tant d'enfants meurent de faim pour un seul jet privé. Chaque verger veut leur donner ses fruits mais les marchands refusent. Quand la pureté de l'or se transforme en dollars, le livre de l'espoir est accablé d'injures. Il n'y a plus d'écho aux battements du cœur que le bruit des machines. Le smog des usines délave les couleurs. Les fenêtres blanchissent comme les yeux des bêtes à l'instant de la mort. Un peu de glace remonte du fond des puits, un peu de boue, de sang, de pétrole et d'ennui. La main n'a que ses doigts pour habiter l'espace. Le vide s'ajoute au vide et le sable au désert. La ligne d'horizon se confond à l'asphalte. La vie est une question dépourvue de réponse. La chaîne des vivants est semblable à la mort. Chacun porte pourtant une source profonde. Il suffirait d'une goutte pour abattre les murs.

Publié dans Prose

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