Comme un timbre d'espoir

Publié le par la freniere


Les insectes galopent sur la bosse de l'été. Les arbres grattent le ciel. Trop à l'étroit dans les marges d'un livre, les mots sautent par la fenêtre et rejoignent les fraises, les pivoines, les arbres. Mes images font la planche sur la marée des pages. Il y a toujours un peu de paradis entre les jours amers, du soleil entre deux pluies. La terre tousse au ras de l'eau sans trop penser à ce qu'elle crache. Nous sommes tous inachevés. Je cherche un doigt qui manque, la vie qui fuit, les sourires oubliés Je cherche l'âme entre les mots. Je cherche l'homme entre les murs, l'enfant plié dans le ventre d'une mère et qui s'accroche encore. J'ai ma vie sur la langue léchant le jour qui passe comme un timbre d'espoir. La bête curieuse du temps réclame sa pitance. Les yeux s'égarent dans les choses.

Il y a sous chaque ride une blessure secrète, de vraies larmes dans le rire, une route inconnue au seuil de chaque pas, un monde virtuel sous le bout d'un crayon. Chaque goutte d'eau est amoureuse du sable. La pierre garde pour elle les confidences de la terre. Le ruisseau les ébruite à l'oreille du vent. Je retourne marcher dans mes pas jamais faits retrouver l'innocence de mes dessins d'enfant. En attendant, je vis. J'apprends à dénouer les lacets d'espérance. Que reste-t-il des beaux jours, des moins beaux et des autres que je n'ai pas vécus ? Que reste-t-il des mots, des hoquets et des larmes ? Pour un mot qui aboie quel os reste-t-il ? La bouche du passé rend l'avenir muet. On ne revient jamais, on ne fait que partir. On ne gagne jamais, on ne fait que se perdre. Je n'attends sur la route qu'un autre pas de plus. Au chant des oiseaux, j'ajoute les points et les virgules. La musique fait le reste.


La vie qui passe entre les orteils a toujours les idées bien en place, qu'elles soient de boue ou de rocaille, qu'elles soient debout ou de guingois. La présence de l'ombre agrandit la lumière. Je suis de terre moi aussi et l'insecte m'apporte sa ration de courage. L'espoir est simple comme la pauvreté. Il n'a pas les mains prises aux barreaux de sa cage, aux preuves et aux croyances. La pluie écrit son rêve sur une feuille morte. Il y a des mots d'amour qui nourrissent le pain, des phrases aux pieds d'enfant qui apprennent à marcher, des pages en chapeau gris servant d'épouvantail. Ce n'est pas drôle tous les jours de redresser d'un mot les vertèbres du monde. Une marche qui manque confond l'homme à ses limites. À vivre dans la neige, on devient peu à peu un ramasseur de feu. Je ne veux pas fermer les paupières des mots mais les ouvrir ailleurs, ouvrir la porte de l'enfance et la bouche des morts. Je ne cherche pas à toucher l'intouchable mais la peau de la vie, la chair secrète de l'âme. Je suis si peu moi-même au milieu d'une foule. Je voudrais bien que mes enfants interrogent mes mots et m'y trouvent parfois.


Publié dans Prose

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