M.F. Lavaur

Publié le par la freniere

 

Depuis 1962, la revue Traces est animée et fabriquée par Michel François Lavaur dans sa "fourbithèque" . Traces, c'est d'abord un style : rien d'une revue sur papier glacé, une facture artisanale, faussement désordonnée (les poèmes présentés sont réunis par un subtil jeu d'écho), illustrée de nombreux graphismes souvent dus à MFL, envoyée dans des enveloppes recyclées transformées en pièces de "mail art" par MFL. La même rigueur informelle préside au choix des poèmes présentés : auteurs connus, "reconnus" et parfaitement inconnus (Traces aurait publié un millier d'auteurs) voisinent. Les textes sont, comme dans toutes les revues, inégaux, mais souvent intéressants cependant. Ils sont divers certes, mais ne relèvent ni de l'avant-gardisme le plus abscons ni d'un quelconque néoclassicisme. Des "pagexpo" permettent d'annoncer publications de recueils et expositions. Des chroniques et des critiques complètent l'ensemble.

Traces : le n=° 30F pour la France, 33F pour les autres pays ; abonnement 80 F en France (90 étranger)

LAVAUR à TRACES: Masque et Miroir : 20 f ; Petite Geste pour un homme nu : 20 F; Argos : 60 f ; Je de mots : 20 F; Aubiat : 30 F ; Quand l'isabelle encense : 20 F ; Argos VIII : 60F ...

Traces, Sanguèze, 44330 Le PALLET, France

 

J'ai peint le gibier mort: pastel, huile, aquarelle, pour conserver un peu le faisan, le garenne.

C'étaient l'art et l'étude, le paisible plaisir de la nature morte, plus innocent que celui de la chasse. Moins trophée que témoin.

Mais mon chien raide, immense et lourd au fond du coffre, mort d'un arrêt cardiaque, dans la chaleur torride, pendant le trajet vers la terre ancestrale, le retour anonyme et chaque fois unique au paradis des siestes sous l'auvent de la caravane et des balades au grand air, de puys en combes, quand le maître a le temps de batifoler et vagabonder avec son loup domestique. Mon grand berger, mon vieux copain, déjà charogne.

L'enterrer le soir même, au fond du jardin de mon défunt père, dans la nuit tourmentée d'éclairs et de pluie forte.

En mains, pelle ou pioche, je faisais le poème que je n'écrirai pas sur cette inhumation sans rite ni cérémonie, tandis que j'ahanais comme un forcené sur un sol armé de pierres sous le fer, bardé, cuirassé par ta sécheresse, soudain bloc de refus que ta furie des eaux n'attendrissait qu'à peine.

Trois mois durant, après cette âpre veillée de fossoyeur, je n'ai pas rédigé une strophe, aligné trois mots, autres que professionnels.

Cependant, quand je peaufine une marquetterie de phrases, des milliers d'humains agonisent en vain, des millions d'animaux se tordent de douleur muette ou crient leur détresse, vers ma plume artisane.

Cependant, à l'instant, un père prend son enfant mort.
Cependant, cependant, c'était mon ami chien.

ULYSSE

Il était là depuis toujours,

doux et patient, tendre et fidèle.
Il veillait déjà sur la chambre
bien des nuits avant la naissance
de l'enfant dont il fut le double.

Venu du pays des peluches
avec cet air de koala
qui descendrait d'un autre monde
il semblait fait pour l'amitié.
Il écoutait sans interrompre,
comprenait tout, n'oubliait rien.
Il savait garder un secret
et consoler mieux que personne.

Maintenant encore il demeure
le porte-chance de l'adulte
qui vogue au large en solitaire.
ballé‚ au fond de la couchette
il fait le tour de la planète
comme un discret mousse de poche
et n'a jamais le mal de mer.

NOUNOURS

Michel François Lavaur

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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