Che Guevarra

Publié le par la freniere


On ne peut introduire une réflexion de voyage en Amérique Latine sans débuter par un hommage au légendaire et mythique Che Guevara.
Il incarne la figure parfaite du pur Révolutionnaire: intransigeant devant l'injustice; déterminé, constant et inflexible par rapport à ses idéaux.
J'ai toujours gardé un étroit rapport avec le personnage, depuis mes années d'études à l'université jusqu'à maintenant. Che Guevara est devenu une légende le lendemain même de sa mort, de son meurtre par le pouvoir impérialiste occulte; de son sacrifice à la permanence du message révolutionnaire.
Le pouvoir impérial a cependant trouvé un moyen efficace d'en neutraliser l'impact en récupérant l'image du héros et mettant en oeuvre l'arme du marketing pour en banaliser la pureté, en multiplier des produits de consommation de masse en totale contradiction avec les idéaux de la révolution.
J'ai fait connaissance avec le personnage en lisant son Journal de Bolivie, sa dernière oeuvre; il était déjà malade et souffrant, mais courageux et déterminé jusqu'au bout de ses forces.
Le Che, on le sait, était médecin; il découvre son âme de révolutionnaire en faisant deux voyages en Amérique du Sud alors qu'il termine ses études de médecine à Buenos Aires. Le contact direct avec une extrême pauvreté, la réflexion sur la brutalité du pouvoir et l'analyse du mode de fonctionnement de l'économie capitaliste le conduisent à chercher une voie révolutionnaire qui se matérialisera avec la rencontre de Fidel Castro quelques années plus tard.
Il a écrit deux livres excellents qui racontent ces voyages; on a aussi fait un excellent film sur le sujet. Le Che était un excellent écrivain (je dirais que c'est l'aspect le plus accompli de son oeuvre). Il était un intellectuel de haut niveau; il était aussi un travailleur infatigable.
Il fut la figure la plus accomplie du type d'homme socialiste moderne qu'il avait défini lui-même et qui représentait le modèle idéal de l'Amérique latine en émergence, comme il y a eu un modèle idéal de la Renaissance italienne.
Mes nombreux voyages à Cuba m'ont éloigné pour un temps de la pensée du Che, à cause de l'autoritarisme du pouvoir militaire cubain dont j'ai été témoin; à cause aussi de la répression sévère de ce même pouvoir envers un peuple qu'il voulait libérer au départ; à cause enfin, du bureaucratisme stérile et inefficace dont a toujours fait preuve tout pouvoir communiste.
La période du pouvoir du Che est la moins accompli sur le plan technique, la plus déficiente sur le plan domestique; ses interventions théoriques et ses exemples de travail volontaire ont cependant un impact important, encore davantage ses interventions politiques internationales.
Il comprend d'ailleurs les dangers de sclérose pour la révolution cubaine, se distance de l'alignement de Cuba sur l'URSS et démissionne de son poste à son retour d'Afrique.
Che Guevara comprend la nécessité du processus permanent à l'intérieur de la révolution et décide de poursuivre l'oeuvre en Bolivie. Fidel Castro, lui, fait des choix stratégiques compromettants pour l'avenir de son pays et s'enlise dans le marécage du pouvoir.
Le Che avait une vision globale et mondiale de la révolution; il y voyait un processus dynamique et permanent faisant obstacle à l'injustice. Toutes les révolutions s'enracinent dans l'héritage capital de la Révolution française: Égalité, Fraternité, Solidarité.
On a toujours fait le rapprochement saisissant, avec raison, du corps du Che mort, ligoté et exposé sur une table au regard universel, au célèbre tableau du grand maître italien Mantegna, peint autour de 1500.
Il est vrai que le Che a parcouru un chemin christique: il a vécu et agi dans le but de la rédemption du Monde. Il a porté sa croix dans la jungle de la Bolivie. Le pouvoir impérial capitaliste l'a assassiné, l'a sacrifié.


extrait du blog de Gilles Chalifoux

Publié dans Glanures

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