Chaque page est un berceau

Publié le par la freniere

à Céline Desmarais


J'ai ouvert un nouveau cahier pour ne pas mourir. À la première page, il y a déjà un rêve. Chaque page est un berceau. Je nais avec les mots. Je m'immisce avec eux dans les querelles d'oiseaux, les vols de papillons, les mariages de l'herbe. J'écris pour que le jour se lève, que la nuit s'en aille, que les ombres s'allument. Il y a longtemps que je ne pleure plus. Ce sont les mots qui coulent, des fleuves de mots. À qui parlons-nous lorsque nous parlons seuls ? J'ai gardé de toi un flacon d'eau de Cologne. Je m'en parfume quelquefois. J'en glisse une goutte entre les mots. Tu vis dans tout ce que je vis. Tu touches les mêmes choses que moi. Lorsque je prends mon bain, l'eau me rapproche de toi. Tous les jours où nous vécûmes ensemble, je ne connus que le bonheur. Qui peut en dire autant ? Je marche encore vers toi. Chaque jour, je me rapproche de toi. Tu es le vent, la pluie, le soleil. Tu es la route où je pose les pas. Tu m'écris chaque matin une phrase nouvelle sur la ligne d'horizon. Je la déchiffre avec douceur. Elle dit toujours je t'aime.

Avec toi l'amour était partout, dans un livre, dans une pomme, un orage qui éclate au milieu d'un pique-nique, un lacet qui se brise et surtout dans les bras l'un de l'autre. Tout livre a un commencement mais finit-il vraiment ? Quand tu es morte, c'est moi qui ai perdu mon sang. Tu me donnes le tien. Tu continues à faire battre mon cœur. Au-delà de tout, tu persistes à vivre. La mort n'y peut rien. Ta voix me parle encore. Tu es née à quelques kilomètres de chez moi, sur le bord du Richelieu. Était-ce déjà toi qui m'attirais vers l'eau comme le cœur d'un aimant la limaille du monde ? Notre pays est cette rivière. Je t'habitais déjà. Ton rire continue dans les frissons des vagues. Chacune vient lécher l'abîme de mon âme. Quand je cherche mes mots, je les trouve en toi. Il n'y a qu'une seule façon de parler aux morts : vivre le mieux possible.

Il y avait chez toi un tel vacarme. Tout le monde venait se faire consoler. Le pire des truands t'apportait une valise de larmes. Il repartait léger, un sourire à l'épaule. Tu faisais danser tel autre avec sa corde pour se pendre. Tu reprisais sans cesse les attaches du coeur comme on remonte ses bas. Tu resteras toujours cette petite fille faisant ses premiers pas, s'accrochant à la vie et la rendant plus belle. Il y a tant de choses en toi qui portent le bonheur, un bol de lumière, une tasse de rires, la tige d'une pensée. Ma mémoire n'arrive pas à en faire le tri. Elle butine de ci de là. Elle s'attarde aux détails. Dans cette vie trop étriquée, qu'y a-t-il de mieux à faire que d'aimer ? Tu me répètes encore cette vérité, à chaque lever de soleil, à chaque brin d'herbe qui naît, à chaque oiseau qui chante.

Tu me manquais avec de te connaître. Tu me manques encore. Celui qui se suffit ne connaît pas l'amour. Tu as brisé les vitres dans la maison mentale. Je respire plus large. Je vois plus loin. Tu es toujours en moi, même quand je n'y suis pas. Tu veilles à ma place. Une seconde, c'est un jour. Un jour, c'est un siècle. Un amour, c'est pour l'éternité. J'aimerai toujours à cause de toi.



Publié dans Prose

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colette 23/09/2008 18:30

Qui donc pourrait se suffire alors que seul l'amour nous ouvre l'infini?Texte bouleversant de beauté !

Ile 18/09/2008 09:44

Un chant d'amour, champ d'amour. Absolument magnifique, hors limites, une pure merveille qui éclaire. L'absolu est le seul lieu qui vaille.

thoams 18/09/2008 09:38

*****tu as vaincu le tempsvous serez toujours deux*****