Ne laissez pas entrer les infidèles

Publié le par la freniere


J'ai énormément ri, hier, mais c'était un rire plein de pitié. De pitié pour le pauvre Gaston Bellemare, le dg du Festival international de la poésie, qui a décidé de livrer une guerre sainte, une croisade, un jihad contre les barbares et va-nu-pieds qui ont osé planter leur Off festival juste au pied de son immense forteresse. Malheureusement pour le pdg de Poésie Mauricienne Inc., son intervention maladroite tint plus de l'attentat suicide que de l'épuration sacrée.
Oui, j'ai ressenti de la pitié pour cet homme perturbé qui crie aux parasites, grattant frénétiquement sa peau aseptisée, comme un hypocondriaque parano, devant le regard perplexe de la population. Gaston Bellemare craindrait-il une invasion des amateurs dans sa belle poésie bien polie et prête à empaqueter?

La non poésie de la relève serait-elle un danger pour le statu quo littéraire qui dure à Trois-Rivières depuis une vingtaine d'années? Il est impossible de savoir puisque M. Bellemare ne lui a même pas laissé le temps de s'exprimer que déjà il lui a déclaré la guerre.

En ne laissant pas de place dans le festival officiel pour les nouveaux venus (il faut avoir été édité pour avoir l'honneur d'y lire ses textes), et maintenant en condamnant l'initiative de ceux qui osent leur laisser une place, Gaston Bellemare se tire dans le pied en s'attaquant aux prochains poètes, laissant présager une ambiance de réunion du troisième âge pour les festivals des prochaines années.

Mais le pape Bellemare ne s'arrête pas là. Il va jusqu'à redouter la désertion de son événement par des poètes reconnus: " (...) ils vont se promener dans nos événements pour dire aux poètes d'aller chez eux", affirme-t-il, comme inquiet pour la suprématie de son festival. Il faut dire qu'avec les années, la formule élitiste et institutionnalisée du Festival a fini par faire fuir bon nombre d'amateurs de littérature et de poètes.

De toute façon, du festival de quelle poésie parle-t-on ? De la poésie bureaucratique d'une demande de subvention au Conseil des arts et lettres ? De celle, le doigt en l'air, des cocktails au foyer de la salle J.-Antonio-Thompson ? Des recueils standardisés qui sortent à intervalles réguliers des presses des Écrits des Forges ? Quelle surprise que des jeunes ayant connu la poésie par Rimbaud et Baudelaire recherchent plus que cela dans un événement consacré au poème!

Le Festival n'a plus rien de significatif, d'épique, ce qui est quand même surprenant de la part des héritiers de la Nuit de la Poésie de 1970. Et en refusant l'énergie, la jeunesse et la révolte de la relève, on ne risque pas d'y voir de changement dans l'avenir.

En conclusion, Gaston Bellemare peut se vanter d'avoir été le plus grand promoteur du "off" en s'y attaquant comme un vieux mâle alpha qui craint la destitution. Il peut aussi se pâmer d'avoir jeté sur le festival officiel un voile de snobisme et d'hermétisme qui risque d'en attirer plus d'un au Charlot la semaine prochaine...

Hugo St-Amant Lamy
non poète
Trois-Rivières

 

Publié dans Glanures

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article