Parfois

Publié le par la freniere


C'est une saison frileuse, col relevé, manteau fermé, robe déteinte sous un soleil menteur. Le froid gagne. Même les mots gèlent aux doigts des phrases. Les lignes sans horizon ne font plus routes. Le texte dépouillé s'égare entre le doute et l'infini. Parfois s'épelle un nom sur la campagne nue comme une vérité. Les champs ont démarrié les blés des coquelicots, les lilas et les loups ont fané aux mémoires. Va-t-on encore au bois ? Plus personne n'en parle. Il ne restera pas une graine d'histoire. C'est une saison de peu, de passage, de perte. De vent dans la cabane, de silence trop grand, de bras coupés aux arbres, d'épouvantail qui tremble, de paille mal brûlée, de ruisseau enrhumé, de nuit tombée d'un coup. Sans pleurer. Le gel prisonne la lumière, la bougie vacille, on n'entend plus battre les voix. C'est une saison basse. Parfois un violon sur la mer, chante. Parfois.

Ile Eniger

 


Publié dans Ile Eniger

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