Ma couleur

Publié le par la freniere



Je la regarde chaque soir, penchée sur son chevalet. Elle garde plusieurs pinceaux dans chaque main et parfois un entre les dents, comme un pirate les mâchoires serrées sur son poignard à l'assaut d'un navire. Elle met de la peinture partout, sur ses vêtements, sur les miens, sur la table, l'étagère, le chevalet, il lui en reste toujours un peu quelque part, sur les joues ou sur les bras, sur les mains ou sur le front, dans le cou ou au bout du nez. Je la regarde chaque soir crouler gentiment sous le poids de la fatigue et des heures de concentration, dévouée à sa petite magie merveilleuse, prête à ne pas entendre le bruit du temps qui nous rattrape, en échange d'une pression favorable du pouce ou d'un mélange harmonieux de plusieurs beiges.

Thomas Vinau

Dessin : Emilie Alenda


Publié dans Prose

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