Grandir un peu (Québec)

Publié le par la freniere



De l'ouest à l'est de la rue des «a» à la rue des «z» de vingt-trois heures à sept heures les résidents exigent le silence complet mais dans ce silence je ne peux pas m'arrêter de retourner dans ma pauvre tête fêlée toutes les images qui me passent devant les yeux internet la télé ouverte radio le petit caliméro erre dans la nuit ta coquille est cassée ta fenêtre est ouverte jette-toi ligne par ligne phrase par phrase sur le trottoir car ta détresse est complète c'était un reportage de mathieu devant l'incendie de son propre corps à travers lequel tous les crimes du monde ont lieu on tire dans le dos d'un fugitif la police charge contre une manif une bombe explose dans un abribus ah qu'est-ce que je déguste c'est vraiment trop injuste d'assister en silence à l'histoire en direct du ravage-moi des libanais des rwandais ou des soudanais c'est en feu ça tue ça t'emmène loin de ton chez-toi ça te bat ça te laisse sur le bord de la route et ça t'oublie dans la poussière immobile et figé sur ton divan dans ton salon t'es perdu tu voudrais rentrer mais c'est trop tard pour les dessins animés du samedi matin les pubs de céréales sucrées et les clips vraiment cool pour les petits enfants dans mon genre qui pisseraient encore au lit s'ils n'avaient pas la responsabilité de leur corps comme de celui de tous les autres ravagés du réel parce que très très loin au fond de ces yeux que je fixe dans le miroir de la salle de bain je ne les vois pas mais peut-être qu'il y a tous les pays qui écopent en silence.


Mathieu Arsenault          Vu d'ici, Tryptique, Montréal, 2008


Publié dans Poésie du monde

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