Paroles indiennes

Publié le par la freniere


Grandir...

quand je serai grande
je vous le dirai
avec des majuscules

j'ajouterai les autres mots
pour vous faire des phrases
très longues dans la marge

je vous conterai mes espaces
cette place aux images
j'y construirai des cadres

l'imaginaire je vais l'attacher
aux feuilles bien remplies
vous pourrez jettez l'ancre

je vous soufflerai de grands textes
vous fermerez enfin vos yeux
mes ailes auront une cage

quand je serai grande

mais la montagne est encore plus haute
et mes mots
plus seuls que jamais

avoir su
je ne serai pas née
aussi petite

une si grande étincelle
pour un si petit ciel


Journal d'une peau-rouge (extrait)

Vous êtes espagnole n'est-ce pas ?

Je suis au Saguenay, dans une épicerie entrain de payer à la caisse. Le proprio tout sourire emballe mes trucs

Vous êtes proche! C'est presque pareil! Lui dis-je sensuellement.

Là le monsieur est vraiment content! Et hop la salade dans le sac! J'ai presque eu une invitation à parler latino devant un expresso! Alors vite je me pousse!

Le Saguenay est au cœur de l'habitat des autochtones, autour il y a les réserves. Parfois je me sens comme une immigrante qui ne comprend pas trop pourquoi elle est venue dans ce pays de merde! Oups! De neige!
Et oui, parfois j'aimerais être cette mystérieuse espagnole.

Je lui dis? Non. Mais je dois lui dire! C'est ridicule! Non?

Toute en émoi, la nouvelle intervenante, toute jeune et jolie, me transmet son admiration et son plaisir à déguster les repas que je fais.

Quelle joie de savourer la cuisine orientale! Je n'ai jamais mangé cela! J'adore goûter les mets de différents pays! Ca goûte le soleil du Mexique !

Ca existe le Mexique oriental ?
Je la laisse aller de même pendant deux semaines! Et là, je ris en vous disant cela... De plus, elle me trouvais jolie et géniale, alors pourquoi l'arrêter? Tous les jours cette jeune femme me trouvait merveilleuse! Jusqu'à une certaine pause, après un délicieux pâté chinois, alors que la discussion tourne autour de la chance que j'ai de pouvoir manger gratuitement à mon travail et même, de ramener parfois les restes pour ma famille. Les joies du communautaire!

C'est vrai que dans ton pays vous ne devez pas manger à tous les jours surtout que la nourriture est rare, tu dois être vraiment heureuse de vivre au Canada!

Ayoye!
J'ai un grain de maïs coincé là, entre les dents!

Je la regarde avec pitié et surtout je me sens coupable.
Coupable d'avoir pu être admirée. Pour mon courage, ma force, pour moi! Moi.

Tu sais, je suis Ilnu Non! Pas du Pérou! Ilnu, autochtone!

Hein?

Ohh non, je ne vis pas dans une réserve. Pourquoi! ? Parce que mon grand-père a été dans un pensionnat et Le gouvernement tu dis ? Non, je ne suis pas subventionnée!

Le café est froid dans ma bouche.

Elle s'en va. Très loin. Et elle ne reviendra plus jamais me parler du soleil.

loin de ma terre
au sommet du ciel
quand on frappe la neige
sur mes ailes
un tout petit vent
aura beau dire
toutes les écorces
il restera
son cri et ma plume
dans les feuilles
rouges


Maikam (Louve) Mathieu           montagnaise



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