Cathy Garcia

Publié le par la freniere


Née dans le Var en juin 1970, une jeunesse difficile la jette très tôt dans la vie sans autre guide qu'un désir de survivre et de vivre ses idéaux. La poète écorchée trouve refuge à 21 ans au sein d'une compagnie de théâtre de rue, Les Plasticiens Volants, avec qui elle reste une dizaine d'années et où elle multiplie ses domaines d'action : chant, pyrotechnie, responsable de communication, fabrication et manipulation de créatures gonflables volantes, comédienne de rue... Nombreuses tournées en France et à l'étranger, au cours desquelles elle écrira ses Calepins voyageurs. En automne 2001, elle part vivre dans le Quercy, tout en continuant à travailler et à voyager pour les spectacles. Un an après, elle doit cesser toutes ses activités incompatibles avec sa grossesse. Elle en profite pour se remettre à l'écriture de façon plus intense.
En juillet 2003, elle créé Nouveaux délits, une revue bimestrielle de poésie vive et dérivés éditée sur papier recyclé. Elle y publie des auteurs de tous horizons et en plusieurs langues et met sa pratique courante de l'anglais au service de la traduction de poètes et auteurs anglophones, (Angleterre, Usa, Canada, Australie) et tout particulièrement d'auteurs amérindiens.
Ses propres écrits ont été traduits en arabe, en catalan et en anglais.

Bibliographie

Pandemonium 1 (poèmes), éditions Clapàs, 2001.
Fragments de tout et de rien, éditions Clapàs, 2001.
Papillon de nuit, éditions Clapàs, 2001.
Gris Feu (recueil de 13 poèmes), Ambition Chocolatée et Déconfiture, 2003.
Le septième sens figure, poème, dans l'anthologie Nouveaux Poètes français et francophones, JP Huguet éditeur, 2003.
Larges extraits de Calepins voyageurs. Journal intime en tournée 1997-2002, plus quelques poèmes, sur cd-rom L'Exorcisme du sable, éd. Profana Bellica, 2003.
La nouvelle histoire de Monsieur Seguin, dans le recueil Nouvelles Story n°2, éd. Alpa, 2004.
Le poème sans complaisance, dans le recueil La rumeur des choses, DESS éditions, 2004.
Jardin du Causse, éditions À tire d'ailes, 2004.
Les années chiennes, éd. À tire d'ailes, 2007.
Salines, éd. À tire d'ailes, 2007.
Ombromanie, Encres Vives n°307, Collections Encres Blanches, décembre 2007.
Chroniques du hamac, éd. À tire d'ailes, 2008


Pourriez-vous nous parler de votre engagement et du choix du support ?

Mon engagement ? Il est vrai que souvent ce mot revient à mon propos. En fait dès que l'on s'intéresse un tant soit peu aux autres, et tout particulièrement à ceux qui en ont besoin, aux opprimés, aux exclus, aux personnes en souffrance, c'est-à-dire à une bonne partie finalement des habitants de cette planète, on se retrouve dans la catégorie « engagé ».
Or pour moi, être un être humain implique tout naturellement une responsabilité vis-à-vis de l'autre, de l'autre humain mais aussi de l'autre animal, de l'autre végétal, de notre environnement donc... Tout est lié.
Je ne peux concevoir de vivre sur cette planète sans me sentir concernée par ce qui m'entoure, ceux qui m'entourent, d'une façon très large car nous savons aujourd'hui que le monde est petit, très petit. Viscéralement, je ne supporte pas la misère, la violence, l'oppression, à laquelle sont soumis tant de communautés, d'individus partout dans le monde et qui loin d'être une fatalité comme on voudrait nous le faire croire, sont bien la conséquence de politiques de magouilles, de mensonges, d'abus de pouvoir, de vénalité, d'arrogance et de mépris de certaines élites totalement déconnectée de ce que devrait être la conscience humaine.
Si donc mon « engagement » transparaît dans mon écriture, dans les articles, les infos que je relaie sur mes blogs, dans le choix des auteurs que je publie dans ma revue, il me semble que mon réel engagement consiste surtout à me dégager au maximum et au quotidien de pensées, d'objets, d'habitudes, de modes relationnels qui non seulement ne me conviennent pas mais en fait ne m'appartiennent pas. Il s'agit d'une remise en question permanente de ce qui nous est proposé ou imposé comme évident, comme étant la « norme ».
Mon engagement s'il en est, se trouve dans ma façon de consommer ou plutôt de non-consommer, dans mes choix de vie, sobriété volontaire : du temps plutôt que de l'argent, être disponible pour mon enfant plutôt que « faire carrière », vivre au présent, ne pas perdre ma vie à la gagner mais retrouver et redonner du sens à ce que je fais.
Des choix à contre-courant mais qui donnent une cohérence à tout le reste, à ce que je pense, ce que j'écris, ce que je dis. « Walk your talk » disent les Amérindiens.
J'ai entendu récemment parler de « bio-consommateurs éthiques », et encore avant ça de « créatifs culturels » et je suppose que je fais partie de ces catégories, mais je n'aime pas les catégories. Cette manie, cette obsession de la catégorisation, de vouloir à tout prix faire rentrer les gens dans des cases. Ce qui m'intéresse c'est le hors-case, le hors-norme, l'inclassable, l'indisciplinaire.     extrait d'un entretien pour la revue Dialogue

Poésie juste, disais-je... Poésie d'un sens total, pourrais-je dire aussi
bien, qui n'envisage pas le « moi » sans le « toi », sans le « lui » ni le
« elle »... Ni les hommes sans le monde, sans les formes du monde... Ni l'inhumain
sans le souhait de l'humain... Y aurait-il, s'il en était autrement, cette
conscience d'un « ordre antédiluvien », ce désir du retour à « un immense
jardin », tout ce que je lis comme haute cohérence du Poème.

Ce Poème qu'entreprend d'écrire Cathy Garcia n'est ni de contingence,
ni de circonstance. Il est grand comme sa vie. Il va comme elle marche, il
avance dans ses pas.   Michel Host


VA !

Va fouler la poussière
les sentiers d'exil
boire à la source

la fontaine étrange
qui jamais ne tarit

à
nos folies
nos errances
nos inéquations

à l'amour
sans boiter
sans chuter
sans dépendance

va et veille
la seule étoile
qui vaille
dans son berceau
de paupières

la flamme qui ne meurt pas
qui ne ment pas non plus

moi je cherche une ivresse
qui baigne
et ne cogne pas
n'enferme pas le sang
dans une cage d'acier

alors je me dénude
et laisse le vent filer

*
Je n'irais même pas cracher sur vos tombes

cracher
la blessure qui ne guérit pas
ne peut guérir

juste vivre avec
et ainsi soit-il alléluia
marcher dans les rangs
port obligatoire
du masque social

qu'est ce qui me retient donc de m'en défaire ?

décliner une identité
comme on décline
une invitation

oui nos vies
ne sont que romans de gare
qui n'ont jamais obtenu de prix

pas de prix la vie
pourtant elle se vend s'achète
à tous les coins de rue

peut-on marcher sur des corps
sous prétexte qu'on ne les sent pas
sous ses semelles ?

et sinon à part ça ?
parler de choses plus gaies
plus intéressantes
se faire des politesses

sur des corps piétinés tellement oubliés
qu'ils en deviennent invisibles
inexistants

anonymes

jusqu'au jour où ces corps là se relèvent
pour devenir combattants de la déveine

jusqu'au jour où ces corps
reprennent consistance
par la violence
pulvérisent le sens
jusqu'au non sens

alors ON a peur.
alors ON s'indigne
ON proteste

balbutiements d'intérêt.
la violence n'a jamais été une cause
seulement un résultat

noyer diluer sous des flots de paroles
qui ne communiquent rien
seulement du bruit
du vent du paraître
de la culture vaine
puisque rien ne se fait
rien ne change

l'érudition étalée comme une pâte
trop grasse
sur la tranche maigre des jours

prétentieuse omniscience
rien ne sert de savoir la leçon
si elle demeure non appliquée

tout ça
ne sert à rien
sans le cour sans l'humilité
sans véritable soif de justice
pour TOUS

tout ça ne sert à rien si on ne sait pas
toucher à mains nues les plaies du monde
boire au même goulot que les parias
s'immerger dans la merde

moi non plus je ne veux pas !
je ne veux plus.

la merde aussi est un résultat
c'est l'hiver
des gens vont geler dans la rue

vous les férus d'Histoire
de quelle histoire
faites-vous donc partie ?
de celle qui a enfanté
la sale gueule du monde
d'aujourd'hui ?

celle qui ferme les yeux
s'entête jusqu'à l'absurde
enrobe la lâcheté
de discours prétentieux
déguise la peur
sous des airs de raison ?

chèques de désinfection
soupirs de circonstance
à la grande messe médiatique
c'est important de se tenir
informés.

et pendant ce temps les enfants des enfants
deviennent cruels
ce n'est plus un fossé mais un abîme de néant
qui nous sépare

le mépris n'est qu'un faible rempart
l'orgueil isole
la souffrance nous rattrape toujours
et dans le miroir qui m'est tendu
je ne peux grandir

je ne peux faire que fuir
et me cogner dans les angles..

cracher
cracher sans cesse
pour ne pas étouffer
de rage de haine
cette immense peine
sortie sanglante et nue
d'un ventre froid

était-ce le tien
ou bien celui du monde ?

*

Sans complaisance

Mannequins de cire au regard débile,
Poupées de chiffons à la moue désappointée,
Vieux mouchoirs tachés d'encre indélébile.
Ours en peluche aux oreilles arrachées,
Abandonné dans un coin du grenier...
Plus personne ne lui confie ses secrets,
Les paupières humides et la morve au nez.
Soldats de plomb, ridicules, démodés,
Poignée de dominos éparpillés,
Et sept jeux des sept familles dispersées.
Jeu de l'oie, le jour des rois,
Une fève, une pièce de monnaie.
Les livres moisis,
Les photos jaunies.
L'encre dissoute des manuscrits du passé.
Le fond des placards et des boîtes à chaussures,
Les papiers crépon et les papiers buvard,
Les bouts de chiffons à carreaux ou à rayures,
Des boutons nacrés, des bouts de laine colorée,
De précieux coquillages,
Des trésors, des images
Et quelques désaccords...
Un cygne de verre, un chat de porcelaine,
Une poupée d'osier et quelques fleurs séchées.
Un coffret poussiéreux, des souvenirs qui traînent,
Un parfum de rose depuis longtemps fané.
Quelques fioles teintées, un livre refermé,
Des crayons de couleurs, des pages inachevées,
Un silence ponctué de chutes et d'automne,
Le manège éraillé d'un tourne-disque aphone.

Cathy Garcia



Publié dans Les marcheurs de rêve

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