Jean-Paul Martino

Publié le par la freniere


Né le 21 novembre 1935 à Dolbeau au Lac-Saint-Jean, Jean-Paul Martineau, dont l'enfance est partagée entre l'Abitibi et Montréal, entreprend des études classiques à Sherbrooke. Il rejoint l'armée de l'air à Lachine (1952) qu'il a dû quitter en 1954 à la suite d'un grave accident lui ayant causé un traumatisme crânien qui, en plus des traitements médicaux reçus, le laissera insomniaque pour le reste de ses jours. C'est au tout début de sa convalescence qu'il rencontre les automatistes. Martineau devient journaliste à la pige au quotidien Le Soleil et publie Osmonde en 1957 sous le nom de Jean-Paul Martino. Suivra Objets de la nuit en 1959. Au tout début des années soixante, Martino séjourne en France avec Michèle Drouin, avec qui il aura deux enfants, et présente ses œuvres picturales dans le cadre de l'exposition collective «Visionnaires, Illuminés et Voyants» à la Galerie Alphonse Chave, à Vence. De retour au pays en 1964, Martino s'installe dans l'Ouest canadien où il écrit, travaille dans la foresterie, découvre l'art des Haida, Nootka et Kwakiult tout en étant initié à la culture chinoise. En 1968, Jean-Paul Martino retourne en France et rencontre son fils Odin sont la mère est Suzanne Moreau. Il voyage en Inde, au Népal et revient à Vancouver où il ouvre sa première boutique d'antiquités. En 1972, un voyage de trois ans en compagnie de Grace Slykuis (Li Xiu Woo) le porte de Terre-Neuve aux pays scandinaves jusqu'en Turquie où le couple, comme les paysans de la région, achète cheval et charrette et assiste au festival de poésie de Konya où habitait Mevlana, le prophète des derviches tourneurs. Suivront de nombreux séjours en Europe, en Turquie, en Inde et en Chine. De retour à Vancouver, le couple fonde The Woo Shoppe, une boutiques spécialisée dans le commerce d'antiquités et d'objets d'art chinois. Jean-Paul Martino se rend en Chine à quelques reprises entre 1978 et 1984, invité à la Foire internationale de Canton. Il aura aussi illustré et publié ses poèmes anglais à compte d'auteur; Surrealous, (1969) sous le pseudonyme de John of Mc Waters et Elutriation, (1982) sous le nom légal de Yuan Otter Olmeck. Retraité depuis 1986, Jean-Paul Martino, qui aura porté comme tout dernier nom celui de Yuan Vercingétorix Woo, est mort le 20 août 1996.


Bibliographie:

Osmonde, Éditions Erta, Montréal, 1957

Objets de la nuit, Editions Quartz, Montréal,1959,

Surrealous, à compte d'auteur,Vancouver, 1969, sous le nom de John of Mc Waters

Elutriation, Vancouver, 1982, sous le nom de Yuan Otter Olmeck



Quelle était cette voix à ma fenêtre la nuit de mes vingt ans
C'était toi ANTONIN
C'était toi ARTAUD
Dès cet instant mon esprit a fleuri à travers sa prison osseuse
Comme des taches de soleil sur la neige sombre
Et maintenant je ne puis plus aller sommeiller à l'ombre des aunes
Comme la petite crique de mon passé
Il y a de cela un siècle
Les visions m'habitent
Aléatoire pour la raison trempée
Ou pour ces chiens de frocards taillés dans l'urabiline
Dont la vie est identique au chat persan
Qui ronronne et meurt ses sept vies
Sur les genoux racornis d'un célibat
Oui j'ai pénétré si loin sur mon wapiti fidèle
Ce dernier concile des SACHEMS sur la pointe de l'axe
Le troublant communiqué reçu de votre extrémité
En langage de vibration
Frappé sur cette ligne d'espace à l'aide du brin de blé
Eh bien à la prochaine inclination de la balloune
Ha Ha Ha Ha
Oh avant de te quitter ARTAUD je dois te dire
Oui ANTONIN elle m'a quitté
Évidemment
Mais ç me fait du bien de savoir que tu sais
On se comprend si bien
C'est ça au 21 entre SCORPION et SAGITTAIRE
AU REVOIR

*
Une inconnue douce
A frappé sur mon front
J'ai laissé un rêve arbitraire
Pour une comédie susceptible
Afin de vivre d'imprévu
Et mourir d'en avoir l'air

*

L'Occident avait besoin d'or. La crise économique ne se réglerait que par une messe jaune et blanche. Alors on a creusé des canaux à partir du Texas jusqu'à la Racine des églises et les prophètes sont sortis en délire : «La race vous dicte, la race vous ordonne de retourner à la terre. La race se corrompt dans les villes ! Or, un pays vierge vous est offert; nous est donné. Oui, le temps est venu de retrouver cette dignité première, le retour à la terre. Le pays est riche en bois et fertile à toutes les cultures. Que Dieu vous garde ! Que Dieu vous éclaire ! Que Dieu vous guide ! »
À Québec, les commissures retroussées, on se tapait sur une panse réduite; au Texas, on construisait déjà les villages sur des cartes; les prophètes descendaient la race aux enfers, l'élevaient en la mélangeant à l'huile noire, à l'eau grise et à l'or, afin de l'offrir parfaitement assaisonnée à la table des dieux gras.

*
Ils ont des odeurs de vieilles lanternes
Avec ce certain balancement dans la marche
Ils ont des masques de naufrageurs à s'y méprendre
Naufragés ou naufrageurs à l'intérieur des terres
Avides de glucose ne connaissant que le coca-cola
Le cidre acide de la glaise et le pollen de roche couvant dans leur dos

L'étreinte caustique ronge le pilier de leur être
Et s'émince jusqu'au nœud de l'hystérie
La génération vomit le néant et mange la mort pelée sur tranche
Ô observateur translucide étends tes doigts de vignes
Étouffe les fontaines d'usine qui s'enflent et pissent le sang humain
Voulant flétrir du sceau des éphémères le toit dominant des astres

*

Jean-Paul Martino


Publié dans Les marcheurs de rêve

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