Dylan Thomas

Publié le par la freniere

Dylan Thomas est né à Swansea, ville côtière du Pays de Galles.
Son père David diplômé en anglais et écrivain, poussa son fils à parler anglais plutôt que le gallois que parlait sa mère. Son deuxième prénom « Marlais » vient du bardic name (pseudonyme utilisé au Pays de Galles par les artistes liés au mouvement eisteddfod) de son oncle, le ministre unitariste, Gwilym Marles (dont le vrai nom était William Thomas). Jugé trop frêle, l'auteur n'a pas pu participer à la Seconde Guerre mondiale. Il participa toutefois à l'écriture d'œuvres de propagande en faveur du gouvernement.
Thomas fréquenta la Swansea Grammar School (maintenant connue sous le nom de Bishop Gore School), école pour garçons où son père enseignait la littérature anglaise. C'est dans un magazine scolaire que le jeune Thomas publie son premier poème. Il quitta l'école à 16 ans pour devenir reporter durant un an et demi.
Thomas passa la majeure partie de son enfance à Swansea, hormis de réguliers voyages à la ferme de Carmathen que possédait la famille de sa mère. Ces séjours ruraux, différents de l'atmosphère de la ville, influencèrent beaucoup son travail ; on le remarque dans de nombreuses histoires courtes, dans des œuvres radiophoniques ou encore dans le poème Fern hill.
Thomas écrivit la moitié de son œuvre alors qu'il vivait dans la maison familiale du 5 Cwmdonkin Drive (le poème le plus connu étant : And death shall have no dominion). En novembre 1934, son premier recueil de poésie, 18 Poems, est publié. C'était à l'époque l'un des jeunes poètes les plus excitants écrivant en langue anglaise.
En 1937, Thomas se marie avec Caitlin Macnamara (1913-1994) et aura trois enfants avec elle, malgré une relation houleuse et entachée par des écarts conjugaux, Caitlin étant proche du peintre Augustus John. Un premier garçon nommé Llewelyn naît en janvier 1939 (décédé en 2000), puis une fille en mars 1943, prénommée Aeronwy, et enfin un autre garçon, Colm Garan, naît en juillet 1949.
Thomas aimait se vanter de sa consommation d'alcool. Durant un accident survenu le 3 novembre 1953, Thomas retourna au Chelsea Hotel de New York et déclara: "I've had 18 straight whiskies, I think this is a record" (j'ai bu 18 whisky, je pense que c'est un record). Six jours plus tard, pendant sa tournée promotionnelle new-yorkaise à la White Horse Tavern, de Greenwich Village (Manhattan - États-Unis), il s'évanouit après avoir trop bu .
Plus tard, Thomas mourut au St Vincent Hospital (New York) à l'âge de 39 ans. La cause première fut une pneumonie, accompagnée d'une faiblesse du foie et d'une hypertension intra-crânienne (souvent causée par un hématome ou un œdeme cérébral, mais aussi par une défaillance du foie) en causes aggravantes. D'après Jack Heliker, ses derniers mots ont été : "After 39 years, this is all I've done" (Après 39 ans, c'est tout ce que j'ai fait). À la suite de sa mort, son corps fut rapatrié au Pays de Galles pour être enterré à Laugharne, ville qu'il appréciait. En 1994, sa femme Caitlin fut mise en terre à ses côtés.


«Le père de Dylan Thomas est un modeste professeur de "grammar school"- mais un élément de sa biographie, rarement mentionné, devrait nous susciter: ce fils d'une ancienne famille Galloise a rompu avec la "tradition" - il ne sera pas, comme ses ancêtres, comme son propre père "un homme de religion", un prêtre.

.. Mais le petit Dylan sera "bercé" par la voix du grand-père lisant la "Bible de Saint-James" La poésie "obscure" et audacieuse de Dylan -tout comme son art prodigieux de la lecture poétique (qui assurera son succès foudroyant aux Etats-Unis) portent la trace de cet enracinement.
Son "philosémitisme" également. Remarqué par ses contributions poétiques dans le "journal" de son lycée, il entend aussi bien rendre hommage à la poésie "classique" anglaise qu'à l'Imaginaire Celte.
Contemporain des deux guerres "mondiales" et de l'essor de la Psychanalyse comme du Surréalisme, il "invente" sa propre langue poétique mais sans rien céder des diverses influences qui ont accompagne sa "formation".

Son "art morose" qui déchire tous les "masques" et les "peaux" du réel baigne dans son histoire personnelle et familiale aussi bien que dans le multiple héritage des cultures qui l'ont formé.
Son génie, sa modernité viennent d'avoir su faire de ces contradictoires lumières un seul cri poétique universel.
Dylan Thomas n'écrit pas seulement à l'intérieur de la langue anglaise : il écrit à travers l'imaginaire gallois, à travers la vision particulière du poète (qui s'adresse souvent à d'autres poètes par des références discrètes aux oeuvres de ses prédécesseurs) et enfin à travers la parole ample de l'Ancien Testament, dont son grand-père lui lisait le soir de longues pages venues de la traduction exemplaire dite "du Roi James"... Il est sensible aux découvertes Freudiennes et n'hésite pas à employer un langage cru, une parole de nerfs et de nervures, de sensualité et d'angoisse; il réagit aux terribles épreuves de la Guerre à Londres (il travaille pour la BBC...) mais il a gardé la leçon poétique majeure des "classiques" : il transmet l'intuition du Chaos initial, l'impossibilité de réparer le mal des générations, la nécessité de servir la parole éclairante et souffrante.

Il mêle l'individuel, l'intime et l'oeuvre au noir poétique et universelle.
C'est son "histoire personnelle", amoureuse, familiale qu'il évoque et en même temps sa poésie "parle pour chacun" (Celan).

Dylan Thomas, qui ne connut la gloire qu'au seuil de la mort, à la suite de voyages et de "tournées" de lecture aux USA, vécut en marge des "mouvements" littéraires de son époque; il voulut faire entendre la musique du Paradis - en vérité dire l'étonnement premier du monde, la reconnaissance aux générations passées, la solitude poétique du vivant.»

Alain Suied

Bibliographie

18 Poems (1934)
25 Poems (1936)
The Map of Love (1939)
The World I Breathe (1939)
Potrait of the Artist as a Young Dog (1940)
New Poems (1943)
Deaths and Entrances (1946)
Selected Writings of Dylan Thomas (1946)
Twenty-Six Poems (1950)
In Country Sleep (1952)
Collected Poems, 1934-1952 (1952)
The Doctors and the Devils (1953)
Under Milkwood (1954)
Quite Early One Morning (1954)
Adventures in the Skin Trade and Other Stories (1955)
A Prospect of the Sea (1955)
A Childs Christmas in Wales (1955)
Letters to Vernon Watkins (1957)
The Beach of Fales• (1964)

en français
Vision et prière, poèmes traduits par le poète Alain Suied, coll. Poésie Gallimard


Clown sur la lune
Inédit posthume

Mes larmes dérivent comme
Les pétales d'une rose magique
Et toute ma douleur coule
De la faille des cieux et de neiges sans nombre.

Je pense que si je retombais
Sur terre, je m'effriterais ;
C'est si triste et beau
C'est le tremblement d'un rêve.

traduit par Alain Suied


Ballade
poème de jeunesse

Je ne saurais manger une rose rouge,
Je ne saurais manger une rose blanche,
C'est en vain que le long cytise rougeoie,
C'est en vain que tombent les neiges cireuses du camélia
Et la crème de lumière du lys.
C'est en vain que les grappes de calices du lilas
Profèrent leur généreuse douceur.
Les abeilles l'adorent ; l'homme
Regarde, admire, désire mais ne mange pas.
Donne-moi la laitue qui s'est rafraîchie
Au coeur de la riche terre:
Sa moindre feuille, joyeuse élève,
Froissée de rire, a la gaîté croquante.
Donne-moi la moutarde et le cresson
Dont les tiges semblent à l'écoute
Comme les nymphes dans la nuit argentée
Au-dessus des tresses du corail;
Le radis qui cligne de l'oeil, rond et rouge,
Et brille comme un rubis;
Et la bénédiction de l'oignon
Qui se répand sur le plus modeste repas;
La tête volontaire et glorieuse de la tomate,
Le froid concombre coupé fin;
Et laisse l'impériale betterave
Régner rouge sur toutes choses.
Même si les craintifs poètes préfèrent
Les façons banales des fleurs
Pour chanter leur Belle en bouton et en floraison,
Ces amours végétales, seules, enflamment
Les passions minérales de mon coeur-silex.

traduit par Alain Suied

Mon art morose

Dans mon métier, mon art morose
exercé dans la nuit silencieuse
quand la lune seule fait rage
quand les amants sont étendus
avec toutes leurs douleurs dans les bras,
je travaille, à la lumière du chant,
non par ambition ou pour mon pain
ni pour le semblant, ni par commerce
de charmes sur des scènes d'ivoire
mais pour le salaire ordinaire
du profond secret de leurs coeurs.
Ni pour le prétentieux, ignorant
la lune qui fait rage, j'écris
sur ces pages mouillées d'embrun,
ni pour les morts trop hauts
avec leurs rossignols et leurs psaumes
mais pour les amants, leurs bras
enlaçant les chagrins du Temps,
qui n'accordent ni attention, ni salaire
ni éloge à mon métier, mon art morose.

traduit par Alain Suied

Fern Hill,
colline de fougères

Alors j'étais jeune et si facile à vivre sous les larges branches des pommiers
autour de la maison mélodieuse, et heureux de voir l'herbe si verte,
la nuit par-dessus
temps me fut laissé de héler et de grimper couvert d‘or dans l'apogée de ses yeux
et honoré parmi des chariots j'étais devenu le prince des villes des pommes
et une fois après quelque temps, majestueusement, je possédais et les arbres et les feuilles
les chemins avec les marguerites et l'orge
la descente des rivières et le fruit de la lumière.

et comme j'étais alors jeune et vert et insouciant, célèbré parmi les granges
autour du jardin heureux et je chantais comme si cette ferme était ma demeure,
sous le soleil qui redevenait jeune une fois seulement,
temps me laissa jouer et exister
qu'il soit couvert d'or pour la miséricorde de ses fins,
et vert et or j'étais Chasseur et Berger, les veaux répondaient à mon cor, les renards des collines grognaient clair et froid,
et le sabbat sonnait lentement
dans les cailloux des flots sanctifiés.

Pendant tout le temps du soleil, tout courait, tout était beau, les champs de foin
montaient aussi haut que la maison, les mélodies des cheminées, tout était aérien
et jouant, joliment et fluide
et du feu vert comme de l'herbe
Et nuitée sous les simples étoiles
comme je montais dormir les hiboux avaient transporté la ferme ailleurs,
longtemps j'ai écouté toute la lune, béni au milieu des écuries, les engoulevents volant parmi les meules, et les chevaux clignotant dans le Sombre.

Et puis il fallait se réveiller, et la ferme, comme un blafard voyageur errant avec la rosée, revenait,
le coq sur l'épaule : tout était brillance,
c'était Adam et la toute jeune fille,
le ciel recueillait à nouveau
et le soleil s'arrondissait pour ce jour particulier.
Cela devait donc être après la naissance de la simple lumière
au commencement, lieu en tissage, les chevaux captivés marchant au chaud
hors des hennissements de la verte écurie
sur les chants de la félicité.

Et honoré parmi les renards et les faisans de la gaie maison,
sous le nuage tout neuf et heureux autant que le cœur puisse revenir de si loin
dans le soleil naissant et renaissant encore et encore
j'ai couru dans mes chemins nonchalants
mes désirs dévalaient de ci de là au travers de la haute demeure du foin
et rien ne m'importait, face au bleu commerce de mon ciel, puisque ce temps permet avec ses tournants plein de mélodies si rares, de tels chants du matin
avant que les enfants verts et dorés
ne le suivent en tombant hors de la grâce.

Rien ne m'importait, en ces jours blancs comme des agneaux,
ce temps m'emporterait au plus près du grenier peuplé
par l'hirondelle démultipliée par l'ombre de ma main,
dans la lune toujours montante,
Ni dans cette chevauchée vers le sommeil,
je devrais l'entendre voler avec les champs immenses
et réveiller la ferme à tout jamais enfuie du pays des enfants.
Oh comme j'étais jeune et si facile à vivre dans la miséricorde de ses fins,
Le temps me maintient, encore vert et mourant,
Bien que je chantais encore dans mes chaînes comme la mer.

adaptation de Gil Pressnitzer

Dylan Thomas


voir Esprits Nomades

 


Publié dans Les marcheurs de rêve

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