Dénuement

Publié le par la freniere


j'aime bien, vois-tu, le dénuement, ces êtres qui ne soucient pas des
apparences, qui n'ont pas besoin de prétendre, de jouer, j'aime bien,
ainsi, parler à cette amie, elle est pauvre, accablée par de nombreux
problèmes, sa vie est dure, très dure mais elle est bonne et simple,
j'aime lui parler car elle me rappelle l'essentiel, elle m'apprend à
reconsidérer le monde, à revoir mes priorités, il n'y a certes aucune
gloire à la pauvreté, c'est un lieu misérable et il y a des pauvres,
après tout, qui sont des salauds mais elle est bonne et simple, elle
sait que l'essentiel tient à très peu de choses, qu'il faut apprendre
à se laisser aller, à se déposséder du monde, qu'il faut mépriser
l'argent même si on en a besoin et, vois-tu, mon ange, je suis en
quête de ce dénuement, je veux être simple et transparent, ne jamais
prétendre, être ce que je suis, désirer certes car on ne peut y
échapper mais désirer ce qui est utile, nécessaire, aimer certes, il
n'y a rien de plus beau n'est-ce pas mais sans jamais perdre de vue
que l'enjeu de l'amour est l'autre, ainsi rompre son corps à
l'offrande, je suis, vois-tu, en quête de ce dénuement mais il me
semble inaccessible, je suis bien trop épris de la surface, engoncé
dans cette chair visqueuse et je n'arrive pas à m'en libérer, je veux
donc être simple, dénué, ainsi renouer autrement avec les fascinations
de l'amour, avec toi, t'aimer parce que tu existes, parce que tu es,
t'aimer au-delà de l'obsession amoureuse, de l'amour qui passe, va,
t'aimer parce que tu es l'élue, captive des manifestations de
l'infini, t'aimer donc, dépouillé de tout, du désir de la réciprocité,
t'aimer dans le dénuement parce que tu es, parce que tu es et parce
que tu es.


Umar Timol



Publié dans Prose

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article