Poète

Publié le par la freniere


Poète ! Je ne suis peut-être pas poète. Ce mot, plein d'ombre et de lumière, est si vaste, si lointain du genre humain enfermé dans l'étroitesse du carré de ses ambitions, si peu adapté aux compteurs de la bourse qui diversifient les dividendes, que je ne suis sûr de rien.

Poète, est un mot qui ne s'enferme pas dans une définition, qui ne réside pas dans un fait culturel. Personne ne nous apprend à rire, à regarder, à sentir, à aimer. Certains nous encouragent, ou nous découragent, voudraient faire de nous des soldats ou des littéraires, mais nul ne peut nous imposer d'être ce que nous ne sommes pas. On ne nous apprend pas à vibrer, à parler aux fleurs, aux couleurs ou aux nuages. Les dictionnaires de rimes sont, comme les précis grammaticaux, des outils pour nécessiteux. La règle et l'usage sont deux territoires étrangers.

Il n'y a pas de dictionnaire de cœur, de courage, de syllabaire du sentiment, ou de cartographie des rêves. Il n'y a pas de mode d'emploi de la passion. La carte du tendre est enfermée dans le dernier soupir. La Poésie est un mot que les barreaux ne retiennent pas. Si parfois je marche à ses côtés, je reste et resterai ce que je suis, un hippie échevelé sur les routes du rêve. Un vieux rêveur qui cherche son Katmandou et le paradis des éphémères, toujours en quête de la vibration de la lumière, toujours émerveillé par les soleils intérieurs que cachent les yeux d'un chat. Si longtemps que je serai là, je chercherai des poissons qui chantent et des amis en hiver, des rires dégoupillés, des edelweiss en été. Dans les soirs embrumés de la mémoire, je chercherai à revoir "Jeux Interdits", agrippé à une tendresse qui saigne. Encore, je chercherai demain dans le lit des rivières, et, si j'en suis enrhumé, soyez sans pitié : riez.


Jean-Michel Sananès

 



Publié dans Jean-Michel Sananès

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

jjdorio 09/12/2008 14:17


PASSAGE DU POÈTE


Malheureux sont ceux qui ont besoin de s’affirmer poètes en dépréciant tout ce qui ne s’écrit pas selon leurs théories.
Mais pour l’heure je savoure la lettre que m’a adressée un de nos heureux devanciers* qui n’a pas besoin de professeurs pour savoir que l’art nécessite patience, proximité, présence et longs détours…




Il m’écrit une page à sa main et sous son regard qui, peu à peu, quitteront, comme nous tous, la vie corporelle, pour laisser, au-delà de l’encre sur du papier, ce mystère: le poème…que tout lecteur doit réinventer.

 



*    Le poète va, passager.      Si sa lampe s’élève      Il ne montre aucun chemin:      Ailleurs, toujours ailleurs,          Le poème chancelle.    
                 Gaston PUEL