Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Achète été indien

 

(Constamment l’administration cherche à racheter les terres indiennes au mépris des traités signés au XIX siècle)

Voix de l’ordinateur

Vingt-six millions, quatre cent cinquante mille, cent quatre-vingt-neufs dollars pour ces pays à l’ouest du Shoshone. Qui dit mieux ?

Voix d’homme

Est-ce un tombeau d’uranium pur qu’ils veulent nous bâtir sous les étoiles du Nevada ?

N’est-ce pas assez d’avoir tué vingt-deux nations indiennes avec leurs forts, leurs saints, leurs dieux ? N’est-ce pas assez d’étouffer nos langues, notre honneur, nos rêves ?

Leur marée de sang n’a laissé ici que ces villes perdues avec leurs baves d’argent et leurs secrets rayés.

Voix de femme

Soyez maudites pour votre avidité Ashdown et Jungo, Aura et Adélaide, Arabia et Unionville, Olinghouse et Como, Reckland et Candelaria, Reveille et Tybô, Ione et Templute, Sprucemont et Bullion !

Voix d’homme

Ils avaient pourtant signé à Ruby Valley en 1863. Mais leur désir creuse notre détresse tandis que leurs torches s’enfoncent plus avant dans les mines.

Déloyaux et vils ils ont détruit nos pins hérissés, les plus vieux arbres du monde, ils ont fait de nous un peuple de spectres et de fous, hallucinés par l’alcool, intoxiqués par leurs légendes.

Désintégrés, nous résisterons par la tendresse des fleurs du désert, par nos mesquites, par nos lacs de sel, par notre désolation.

Voix de femme

Soyez maudites Edgemont et Delano, Alpha et Victoria, Cornucopia et Osceola, Belleville et Delamar, maudites de solitude, villes possédées de nuit, prostituées endormies dans les draps de l’aube.

Voix d’homme

Acharnés depuis leurs tours de verre de New York et de Los Angeles, ils convoitent sous leurs masques et à leur mesure ce pays qui boit nos larmes comme il but jadis le sang de notre peuple.

Ils prêchent sans fatigue leur liberté, leur ordre, leur évangile de l’énergie.

Préparez-vous des rentrées supplémentaires pour vos Noëls, rois mages d’Atlanta et de San Francisco qui avez soudainement l’argent si facile.

Nous descendrons des monts, le cœur dévasté, dans le tonnerre de la colère, car nous étions un peuple voici cent cinquante ans, ô sainte Carbide, patronne des colonisateurs !

Voix de femme

Maudites soient vos villes, Johnnie et Carrara, Bullfrog et Rhyolite, Goldyke et Hannapah, Rawhide et La Panta , Seven Throughs et Gold Acres, Rio Tinto et Tenabo, villes qui gonflent dans les cauchemars, livrées aux créosotiers, aux serpents et aux vents.

Voix d’homme

Nous ne voulons pas, sous nos dents-de-lion en fleurs, de vos fusées MX à trente-trois millions de dollars pièce (prix janvier 1980), ni de vos camps, ni de vos châteaux vert-de-gris, ni de vos chevaux de frise et de vos barbelés. Celui qui porte l’argent porte la guerre. Nous refusons l’aumône de 26.450.189 dollars, calculés au prix de l’acre en 1872 – car la terre Shoshone n’est pas à vendre, césars de l’uranium, pharaons du charbon. Que l’âme de notre peuple vous soit à jamais inaccessible ! Que nos pistes conduisent vos villes dans la Vallée de la Mort , rongeurs d’or de Smoky Valley et de Ruth, affamés d’argent des mines de Tonopah et de Pioche, avaleurs de plomb, de zinc, de quartz, de gypse, connaisseurs d’uranium, gros mangeurs pour tout dire !

Voix de femme

La danse de l’atome continue depuis les bébés-soleils de Nellis !

Voix d’homme

Jamais désir ne fut si cruel et si froid !

Voix de l’ordinateur

S’ils ne mangent pas cet argent – ils n’auront rien – ces idiots – ces pestes !

Voix d’homme

Le bureau des Affaires indiennes est un cheval de Troie.

Voix de femme

Nous sommes à Shoshone depuis dix mille ans !

Voix d’homme

Nous résisterons avec nos frères de Pitt River en Californie, avec les Hopis et les Navajos de l’Arizona, avec les Mohicans d’Akwesame, avec les Iroquois du nord de l’État de New-York, avec les Sioux du Dakota du Sud qui défendent aujourd’hui les Collines Noires, demeures de leurs dieux, nous résisterons avec les Apaches, les Algonkins, les Cheyennes, avec tous les peuples indiens.

Voix de femme

Si pauvres que nous soyons, nous luttons avec les armes du bon droit !

Voix d’homme

Le secret de ces pays est à nous !

Voix de femme

Que l’été indien embrase la liberté !

Voix d’homme

Son feu est le multiple de l’homme.

 

Vincent-Marc Karénine

Publié dans Paroles indiennes

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luther 13/05/2006 22:24

dure réalité des faits !!
merci de les rappeler !!
a bientot
luther