La poésie d'ici et de maintenant

Publié le par la freniere


La poésie d'ici et de maintenant regarde à travers la vitre. Elle remarque la façon qu'a la lumière d'accrocher le fils d'une araignée ou la crasse d'une vitre pour en faire quelque chose de beau. Elle distingue la chaise longue qui patiente dehors, immobile, au seuil mouillé de l'ombre. La poésie d'ici et de maintenant écoute le léger souffle du vent bleu. Elle accorde le crédit nécessaire aux reflets et aux cris d'oiseaux. Elle sait que la nuit se rince les pieds dans les flaques. Elle sait aussi que la douleur n'a pas sommeil et que les traces blanches des larmes sont des sillons de laboureurs. Ça n'empêche pas la poésie d'ici et de maintenant de goûter la rosée sur les poubelles. Elle a des papilles gustatives sur les yeux. La poésie d'ici et de maintenant cueille le regard perdu des enfants qui baillent. Confiante, elle sent dans les traces des femmes. La poésie d'ici et de maintenant marche à pieds, soufflant sur ses doigts. Sa nuque craque. Elle renifle l'haleine d'hier et d'aujourd'hui. Il arrive que la poésie d'ici et maintenant repense aux miaulements aigües de ce chat coincé en haut d'un arbre ou à cet homme sale qui buvait de la vodka. La poésie d'ici et de maintenant chante à voix haute en rangeant la cuisine. Elle prépare le thé pour tout le monde et jette des miettes de pain aux moineaux. Elle a encore des bouts de rêves accrochés aux coins des yeux lorsqu'elle s'apprête à boire un jus d'orange avant de lire un magazine idiot en faisant caca. La poésie d'ici et de maintenant hésite un moment entre ouvrir la porte et allumer la radio. Devinez ce qu'elle décide de faire...


Thomas Vinau

 


Publié dans Prose

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