La nuit de la substance

Publié le par la freniere


La poésie est selon moi, un ensemble verbal complexe où interviennent simultanément le tout de l'expérience d'un homme et le tout de l'exigence d'une langue. Il faut à la fois exprimer les sentiments, les sensations, les idées s'il y a lieu et, par la même occasion, faire briller les mots de tout leur éclat, même et surtout si ces mots sont parmi les plus simples, ce qui est souvent mon cas, compte tenu cependant de tous les tours et détours de la syntaxe épousant le labyrinthe de intérieur et, aussi bien, les ruses de celui-ci.

           

De fait et dès l'abord, j'ai recours aux seuls mots qui désignent les permanences : ciel, terre, amour, désir, arbre, herbe, étoile, sable, mort, etc, peut-être dix mille mots en tout qui reviennent chez moi de façon récurrente, un peu à la manière des jeux de l'arabesque.

           

Il faut noter que ces mots sont utilisés selon mon approche personnelle de la vie et de la mort et en fonction de ma propre expérience aventurée, de ma propre traversée des apparences, se colorant ainsi à mes propres couleurs et formulant mon itinéraire le plus intime.

           

C'est là sans doute la fonction des mots d'un poète : le signifier comme être singulier dont les mots, pour personnels qu'ils soient, sont partageables avec autrui au sein d'une même communauté de destin.


Salah Stetié

 


Publié dans Glanures

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