Dans le pluriel des hommes

Publié le par la freniere


Quand on emprisonne la bonté, ce sont souvent les hommes qui servent de barreaux. Piéton impénitent, j'ai préféré les attraits de l'ortie aux couleurs des néons, les trous sous terre où se cache le grain à la hauteur des façades. Les murs blessent le vent. J'ai des amis partout dans l'humus et les arbres. Quand ce n'est pas le vent, c'est la pluie qui me tient par la main. Dans ce monde aseptique, un bout de pain est une chair de blé, un verre d'eau un prolongement de la vie. Pour que je puisse écrire, il faut que je parle aux pierres, aux animaux, aux plantes. Pour que je puisse vivre, je dois parler aux morts.


La lune est grosse ce soir mais la nuit est trapue. La lune est rouge comme une bête au bout de son sang. Les nuages rentrent leurs épaules pour soulever le ciel. De la cave au grenier entoilé d'araignées, un éclair cherche à naître. Toutes les saisons du monde existent dans ma tête. Des baobabs y poussent au milieu de la neige et les bateaux à voile y naviguent à l'envers. Dans ce monde où les marchands vont à la pêche, les hommes en perdition s'accrochent à l'appât du gain. J'écris pour échapper aux apparences et dénuder le ciel de sa gangue à la mode. Je cherche mon singulier dans le pluriel des hommes.


Quand on empoisonne la beauté, ce sont souvent les hommes qui servent le repas. Il faut être sans âme pour vouloir diviser le monde quantitativement. Le bon droit n'est jamais du côté de la loi. Assis sur une pelouse bien rasée, je pense à la disparition des bêtes. Je fais la planche parmi les mots, la traversée du désert sur un crayon à bille, des trous dans le malheur, des rallonges à l'enfance. J'ai préféré la roue de brouette au paon qui fait la roue, la bouette au béton, le gris-gris des chamans au bilan des comptables. Pourquoi l'homme se prend-il pour un dieu ? Dans l'infini du monde, il compte pour zéro.

 


Publié dans Prose

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