Pas même la mort

Publié le par la freniere


Tes mots franchissent les vagues interminables et sèment sur ma terre la confiance des graines. Je te vois tellement fort que la distance disparaît. Tes yeux sont le regard que j'attendais. Ils me permettent d'exister. Il y a en eux ma véritable image. C'est pour toi que je regarde ce que tu ne vois pas. Ce qui manque à l'un, c'est l'autre qui l'apporte. Sans toi, il ne me resterait que ce qui manque. Ensemble mon amour, emmêlés à la vie, il n'y a rien qui puisse nous limiter, pas même la mort.


À chacun de tes gestes, la lumière tient parole. Tu as dissous de moi la cendre et la poussière. Tes pas ajoutent aux miens le sens de la route, la direction à suivre, le seul itinéraire rejoignant l'infini. Nos corps perpétuent l'éternel miracle. Entre deux étreintes, je pars sans m'éloigner. Ma véritable peau est ta peau sur la mienne.


Même la nuit, je garde les yeux ouverts. Je te regarde quand tu dors. Je t'entends quand tu rêves. Je te touche même quand tu n'es pas là. Je m'endors et m'éveille en toi. Je souffle sur ta joue le vent bleu du Québec. Ne parle pas encore. Laisse mes yeux déguster ton sourire avant que tes mots fleurissent mes oreilles. Dans mon rapport au monde, c'est toi qui est le sens. Dans tout ce que j'écris, c'est toi qui es le verbe.


Nous sommes si intimes, nous révélons notre visage en emmêlant nos corps. La nuit qui n'est qu'à nous accueille l'infini. Je n'ai plus peur de rien. J'emménage notre tombe comme un nouveau berceau. Je nage en toi dans une eau si profonde que la mer est légère. J'y vais jusqu'à la vie.


Une seule de tes fleurs devient tout un jardin où se dresse ma tige. Tes plus secrets parfums m'accompagnent partout. Tu précèdes mes pas comme l'air l'oiseau. De vivre pour t'aimer est ma façon de vivre. Mon corps commence à l'autre bout de moi où je touche ton corps. Mes regards donnent sur tes yeux comme des fenêtres sur le ciel.


Tu portes le soleil dans la chambre des pluies. Tu apaises les routes que les larmes ont blessées. Tu bordes le chemin d'un liséré d'espoir. Ma vie n'aura le temps que de grandir en toi. Le rouge de notre amour monte aux joues des maisons. Le cœur du monde bat plus vite. Qui tient, qui est tenu, qui porte l'autre ? Nous sommes si ensemble, je ne sais plus de nous qui sera toi ou moi. Nous avançons ensemble pour trouver l'équilibre.


La terre se relève et redresse le ciel. C'est ton vent qui agite les vagues de mon cœur. Notre amour embaume les jardins. Je t'envoie des oiseaux. Ils volent à l'envers, s'égosillent et gazouillent. Je t'envoie le printemps et son odeur d'érable, de palettes à la tire et de neige fondue. Je t'envoie mon amour. Toute la lumière vient de toi. Aussi loin que tu sois, tu éclaires ma vie.


Je t'appelle entre l'art et la vie, les bras tendus des arbres, le proche et le lointain, l'infime et l'infini. J'avance dans un double monde, le tien, le mien, le nôtre. C'est pour l'éternité que je réponds de toi. Indivisibles désormais, nous sommes un, nous sommes trois avec la tente où nous nous abritons et la lumière qui y brille. Nous atteignons ensemble la taille de la vie.


Quand nous nous assoyons, chaque chaise, qu'elle soit de paille ou de fer, est une chaise d'amoureux. Chaque geste est une symphonie lorsque nos corps se touchent. Nos doigts sont des archets sur la fibre de l'âme. Nous nous aimons tellement qu'il nous faudra être éternels.

 


Publié dans Prose

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Commenter cet article
L
Vivre avec un tel amour en soi est une bénédiction dans tous les sens du terme. Hereux qui comme jmlf savent sublimer le quotidien pour aller plus loin, vers une éternité du coeur. Les richesses du monde sont cendres sous l'or de ces mots-là. On doit merci pour ce texte.. voilà, merci jean-marc.
S
d'accord avec Ile.......o mitakuye oyassin
I
"Nous nous aimons tellement qu'ils nous faudra être éternels"Cette phrase est une des plus belles dimensions que j'ai jamais lues sur le sens profond de l'amour ! Absolument magnifique.