Ratures (France)

Publié le par la freniere


subsiste le mot forêt près du mot fenêtre, la ville s'anime, des bruits de voix raclent le perron, un ferraillement se précise, mais ici on peut entendre le froissement d'une feuille morte, le pas furtif d'une élégie, le crissement d'un adieu. C'est toujours le travail insidieux de la mort, mais ralenti, sucré, amorti. C'est un conte d'hiver ânonné par une fillette au visage triste, des pas dans de longs couloirs, un murmure d'arbre et de pluie. Parfois les lèvres gercées du vent effleurent le petit lac rose du soir, on croit voir un oeil dans l'ombre d'une armoire ouverte. La lune ne s'y dissoudra jamais. Cependant nous sommes de neige sous la langue d'une chienne maternelle et dans ce monde qui nous dorlote il reste l'encre et la plume qui ont raturé le mot forêt et le mot fenêtre avec les noms de quelques camarades disparus


Gaston Puel

 


Publié dans Poésie du monde

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article