Me voici

Publié le par la freniere


Me voici, c'est moi. J'arrive à toi les mains nues pour mieux te caresser. Mon nom se tient debout sur un cahier d'école. Tu peux le prendre et te vêtir de ses lettres nomades. Je viens du nord et de la neige mais j'ai le cœur au chaud juste à penser à toi. Me voici, c'est moi. Je rentre à la maison car ma maison, c'est toi, ma saison, ma raison. Me voici, c'est mon corps avec son sang mêlé aux Indiens d'Amérique. Je viens à toi en souliers de poète qui prennent l'eau de partout, avec ma voix gossée dans le bois des érables. Je viens en toi. Je viens en nous. Je me suis fait des rames pour te rejoindre. Je me suis fait des ailes avec des mots trouvés dans un vieux coffre en pin. Je dessine l'amour en suivant de mon doigt les lignes de ton corps. Me voici, c'est moi. Je ne passe pas, je reste. Je suis venu pour toi. Je suis venu pour nous.


Me voici, c'est moi. J'allume les voyelles pour brûler la distance. Je mets le feu aux poudres. Je tisonne l'absence pour en faire un foyer. Je me frais un passage sur une route de couteaux. Me voici, j'arrive en sang mais mon amour intact, mes mots au bout des mains, le ciel sur les épaules. Me voici, c'est moi comme une vague de rires où godille une barque. Mon espoir est chez toi dans la malle aux caresses. Je viens du gouffre et des racines mais j'ai la tête dans les nuages juste à penser à toi. Je viens renaître entre tes bras. Je viens boire à ta bouche. Je deviens l'eau. Je deviens l'air. Attends-moi, j'arrive pour tout recommencer, le jardin, le partage et la source. Me voici, mettant le cap sur ta vie, toutes voiles dehors. Je viens à ta rencontre. Lance-moi une amarre.


Me voici, c'est moi, les poches pleines de phrases. Je veux te faire voir ce que le temps cachait, la route qui prend source au bout de chaque pas, les yeux qui s'écarquillent dans la clarté des mots, l'humble bonheur d'aimer. Me voici, l'âme à nu, je viens chercher chez toi la force d'être moi. J'ai besoin de ta voix, ta rectitude dans le chaos du monde, ton amplitude entre les lignes, ta certitude du ciel au-dessus des abîmes. Me voici, c'est moi, déjà devant, ici ou là, toujours dans nous-deux. Nos mains s'effleurent. Nos pas se renouvellent. Nous voici conjugués à tous les temps du verbe. À deux, nos bras s'allongent jusqu'à toucher l'azur. Les routes raccourcissent sous nos pas de géants.


Me voici, c'est moi, dans une échappée d'encre. C'est moi de long en large. C'est toi à l'horizon, à l'équinoxe, à l'infini. On boit la même soif. Me voici, j'arrive avec mes rêves, mes passions, mes batailles de mots, mes ruses d'alphabet. J'ai besoin de ton sourire chaque matin. J'en ai besoin toujours. J'ouvre la porte. Contrairement aux oies blanches, aux pas d'ombre sur la neige, aux rêves d'une nuit, j'arrive pour rester.

 


Publié dans Prose

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