Ma langue est une main

Publié le par la freniere


Où voulez-vous qu'on aille entre les statuts et les statues, les bilans et les chiffres ? La route qui éclaire n'est pas celle qu'on suit mais celle qu'on invente. Ma langue est une main. Je prends avec les mots ce qu'on ne peut toucher. Ma parole est mon pain. Les bandelettes brûlent sur la momie du temps et le rêve s'évade d'une bouteille à la mer. Je traverse l'abîme sur un fil de larmes. Je navigue dans mes yeux où le silence écope la barque des images. J'oscille entre deux mondes qui se touchent parfois et font des étincelles. Égaré dès le début, vais-je me perdre à la fin ? Je vis pour voir l'invisible. J'écris pour ne pas mourir. Je crie pour m'assurer d'être vivant. Les lettres restent jeunes sur les cahiers jaunis.


Je traverse l'hiver avec une fleur en bandoulière, une poignée de blé, l'azur sur l'épaule. Page après page, les doigts sur le papier m'accompagnent. J'avance dans les mots comme le sang à l'intérieur du corps, la chlorophylle dans les branches. Je ne suis pas le courant mais je sens le ressac. Je ne suis pas infirme mais j'écris en boitant, un mot toujours trop court, une phrase trop longue. Je marche vers l'éternité mais je titube dans l'instant. Nous ne sommes pas à l'orée d'un nouveau monde. Nous sommes toujours à l'orée de l'ancien. Seules les choses ont changées, les voitures plus nombreuses que les arbres, les distances plus rapides pour aller vers le vide. Les bulletins de nouvelles zappent le sang des innocents. À la même heure, à la même date, combien sommes-nous à réfléchir sur la tendresse ?


Qu'est-ce qui nous empêche de donner au lieu de vendre, d'aimer au lieu de juger ? Pour les spéculateurs, les spoliateurs, les accapareurs, la botte d'un soldat est plus belle qu'un visage. On fermé le paradis. Même les fleurs font la queue pour un bout de soleil, un peu de chlorophylle. La terre avale le sang des hommes sans vraiment le vouloir. La main qui tue n'y va pas de main morte. Les mots parfois se contredisent eux-mêmes. Les sons se télescopent. Les échos s'amplifient. Les jours tombent comme des fruits de l'arbre des années. Je me trouve enfin seul. Je reprends ma peau d'ours mal léché. Entouré de choses pauvres, de cailloux, de débris, j'écoute le chœur des insectes, la symphonie aviaire, le chorus des bêtes, le bruit de mon stylo sur le papier gaufré. Je me retrouve et j'écris. Le réel contient la nourriture du rêve. Il faut entrebâiller la paupière du ciel. Ce qu'on n'atteint jamais est le but du voyage. Le plus petit caillou se révèle infini.

 


Publié dans Prose

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jean+jacques+dorio 23/04/2009 23:07

un peu de chlorophylle         rougebeaucoup de tendresse         verteune larme de tempsune barque de Pongequi tire sur sa longecouci couça on s'embarque avec     La FrenièreQui sait et qui ne sait pas     Où il va     Et qui errepour mieux se retrouverpour mieux nous retrouver

jean jacques dorio 23/04/2009 22:53

                           un peu de chlorophylle