Il n'y a pas d'oubli

Publié le par la freniere


si nous surgissons de la pierre
c'est parce que nos sommes blessés
et, blessures, nous apostrophons nous clamons
la rage renouvelle un air pur dans nos poumons
déchirés par les fouets des silences

si nous surgissons de la vigne et du tronc
c'est pour réclamer oui réclamer
Chaque lèvre chaque goutte de sang chaque tempe
est un brûlant un implacable cahier de revendications
où chaque mot éclaire comme une paume laborieuse

si nous surgissons de l'étoile mouillée de la ruine sèche
c'est pour combattre oui pour combattre
quand une terre pauvre coule de nos voix rauques
comme des yeux de camarades enterrés avant l'aube
Il n'y a pas d'oubli Mistral et Tramontane content les feux
la cigale incendiée pond ses oeufs dans la plus proche plaie

si nous surgissons comme surgit un peuple jaune
comme surgit un indien au sommet de la statue de la liberté
criant les noms des tribus psalmodiant les vols et les tueries
comme a surgi il y a plus de trente ans le cuivre rouge des asturies
devant les beaux quartiers enrubannés de cantiques et de castagnettes

comme a surgi toujours et partout la hache d'espoir à la face des bourreaux
comme surgit aujourd'hui ce pays de mains simples et d'habits solaires
si nous surgissons dans les villes au coeur des labours dans les ruées vigoureuses des raisins
avec la bouche pleine de mots éternels qu'on dit hors saisons
avec la bouche pleine de mots qui sont des vérités des faucilles des larmes des faims vécues des hontes mémorables

c'est pour bâtir seulement bâtir avec
la pierre et les chants
sans oublier la patience et l'humilité
l'amour qui féconde mille visages le temps d'un bond d'abeille
le droit à la feuille de décider sa trajectoire de chute vers le centre de la Mère.


André Laude


Publié dans André Laude

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