Sous l'archet

Publié le par la freniere


Seul ton regard sait lire sous les ratures de mon corps. En te voyant, mes yeux ébauchent une caresse. Le mot tendresse nous éclaire. Ma main reste enserrée dans la tienne. L'autre caresse ta nuque, tes épaules, tes seins. Elle façonne le plaisir sur ta chair en éveil. Il n'y a pas de mots mais ma langue qui te pénètre. Dans la géographie du monde, il ne m'est qu'une route. Elle me ramène à toi. Elle m'emporte vers le ciel. Une musique naît dans l'émotion d'être avec toi. Ce qui manque à la vie, c'est toi qui me l'apporte. Je ne suis plus infirme. Mes mots retrouvent tous leurs sens. Le mot pain a ta bouche, le mot cœur ta voix, le mot présence ta chaleur. Le mot amour a ton nom, le mot bonheur ton sourire. Tous tes mots sont pour moi une part d'absolu.

           

J'avance vers le jour une main sur ta hanche. Mon autre main est un oiseau parcourant tes cheveux. Plus tard, elles arracheront les ronces qui griffent tes genoux. Elles traceront la route à travers les broussailles. Elles te feront des vagues, des câlins, des caresses, ces petites choses qui agrandissent l'homme. Elles te feront l'amour, la tendresse, la vie. Jamais les mots n'épuiseront ce que nous sommes. Je t'écrirai toujours. Le temps où nous sommes ensemble ne dit plus que la vie. Ta voix a la douceur du corps. Elle fait bouger mes doigts. Mon ombre sur le mur imagine la tienne.

           

Tu places et déplaces les meubles dans la chambre du cœur. C'est une pièce toujours neuve. Je vis à travers toi la naissance du monde. Le temps n'a plus le temps de compter les secondes, les semaines, les siècles. L'amour ne connaît pas d'hier ni de demain. Il prend toute la place. Tout devient pur et beau. Tout parle sans que rien ne soit dit. La vie remplit toute la pièce. Ton corps est une phrase où je conjugue ma parole. J'ai rejeté les gestes qui m'enchaînent au dehors pour rester avec toi. Le soleil se lève. L'horizon te ressemble. Avec ta main dans la mienne, chaque geste est une route.

           

Sous l'archet de mes doigts, ton corps devient musique. Ses cordes vibrent sur ma peau.
Les cuivres éclatent parmi les violons. Nous frissonnons ensemble d'un orgasme cosmique. Chaque seconde entrouvre son pistil sur la tige du temps. L'espace écarte ses pétales. La langue goûte l'infini. L'ange en nous se fait chair et se donne à la vie. Nos gestes communient l'un l'autre sur l'hostie de la peau. Tu es plus belle à chaque jour. Ma pensée est pleine de ton visage. Je tourne autour de toi. J'enserre ce que j'aime. Je te tiens par les hanches. À travers toi, je vibre à l'univers. Je veux ce que tu cherches. Je veux tout. Je veux toi, du plus simple au plus beau, de l'origine à l'infini. J'habite dans tes rêves, un même lieu, au même moment. Même venu, même là, notre amour est encore à venir. L'inachèvement de l'âme ouvre toutes les portes. Notre fidélité nous sert d'avenir. Ce qui a choisi d'être, par toi, peut devenir.

           

Tu me remplis de toi. Tu pousses partout comme de l'herbe folle, dans le vide de mon corps, le creux de mon ventre, les trous de mes oreilles, le paysage de mes yeux, l'empan de mes bras, l'écart de mes jambes, le monde des caresses disséminées partout. Mon bras est allongé vers toi. Sa main sourit de toutes ses veines, les doigts en accroche-cœur. Les ailes de ma voix s'animent à ton approche. J'ai la peau toute pleine sous tes doigts. Les os de ma parole se découvrent une chair. Nous ne sommes plus qu'un. Chacun de nous dans l'autre s'appartient.


Publié dans Prose

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Bambou 23/09/2009 23:57


J'ai lu... J'en frissonne encore
Il souffle entre vos mots un grand vent de sensualité au parfum de rendresse.