Hélène Monette

Publié le par la freniere

(Saint-Philippe-de-Laprairie, le 11 juin 1960 - ) Poète et romancière, Hélène Monette est la dixième d'une famille de dix enfants. Elle a fait des études en lettres au Cégep de Saint-Hyacinthe, en histoire de l'art, en arts plastiques et en littérature à l'Université du Québec à Montréal et à l'Université Concordia. Elle est cofondatrice du magazine Ciel variable, devenu CV Photo. Elle a travaillé en organisation communautaire et culturelle : production d'événements, animation et rédaction. Elle a participé à de nombreuses lectures publiques; elle est souvent accompagnée de musiciens, dont Bob Olivier, Pierre St-Jak et Nicolas Letarte. Elle a pris part à des tournées et à des festivals au Québec et à l'étranger (France, Mexique, Portugal). Elle a interprété d'autres poètes lors de soirées-hommages (Gaston Miron, Gilbert Langevin, Josée Yvon), rencontré des étudiants dans les collèges et les universités. Elle a collaboré à des projets de poésie enregistrée (La vache enragée, sous la direction de Mitsiko Miller; Wired on words-Millenium Cabaret, dir. Ian Ferrier; Manifeste pour contrer la violence faite aux femmes, dir. Sylvie Chenard) de radio (Les décrocheurs d'étoiles, Radio Canada), de cinéma (Seul dans mon putain d'univers de Sylvie van Brabant; Les Mots dits de Marie Brodeur; etc.) et de vidéo (En toute bonne foi d'Irène Mayer). Hélène Monette a publié dans plusieurs périodiques littéraires dont Moebius, Arcade et Le Sabord. On retrouve également des extraits de son œuvre dans certaines anthologies.

Après avoir publié trois recueils de poésie aux Écrits des Forges, dont Lettres insolites qui fut en lice pour le Prix Émile-Nelligan en 1991, Hélène Monette a publié chez XYZ éditeur un recueil de récits (Crimes et chatouillements) puis un roman, Le goudron et les plumes, finaliste au Grand Prix du livre de Montréal 1993. Elle a été en nomination au Prix du Gouverneur général pour Plaisirs et paysages kitsch (contes et poèmes, 1997). Par la suite, sont parus Le Blanc des yeux, finaliste au Prix Alain-Grandbois de l'Académie des lettres du Québec et Un jardin dans la nuit. Des extraits de cette dernière œuvre ont été mis en lecture par Claude Poissant à l'Espace Go en juin 2001 (événement Paroles à ma tribu), interprétés par Sylvie Drapeau, Maude Guérin, Hélène Loiselle et Benoît Vermeulen.

 
 

Les adolescents fossiles
se filment une misère de ghetto
ça bande sur vidéo
ça se flingue au dérisoire
et ça se branche au formidable
ça joue 2 000 et c'est gothique
ça voyage peu, ça étudie mal, ça travaille
peut-être
c'est instable, ça avorte, ça se tord la mécanique
de jouissances cliniques
ça parle encore d'Artaud et d'art sommaire
ça se passe le cafard, le cancer
mais ça se passe d'enfer
ça joue du coude dans la boucane et la poudre
ça crache comme il faut, ça critique
ça se craque, bandit, ça se bloque éphémère, ça
se vit intouchable
C'EST BANAL, ça se jure que ça s'étire
ça se fait mal à l'avenir
le corps à 30, le coeur à 15
le disque accroche sur des poussières
ça s'estomaque le rush
- as-tu fini ta crise? -

 
Lettres insolites, Les Écrits des Forges, 1985
 
NE LES (NOUS, VOUS) TUEZ PAS !

Je les ai tous embrassés
tous, jusqu'à la fin du monde
c'est pourquoi je suis là
la seule raison
c'est le contact chaud
la poussière des joues
le sourire, parfois
et la lumière
quand nos yeux sont l'éclaircie
c'est pourquoi je suis présente
quand l'autre est là, en vie

car s'il est mort, massacré, tué, disparu
qu'est-ce que je suis?
qu'est-ce que je fais
jusqu'à la fin
qu'est-ce que j'ai dit?

nous sommes tous complices
et qui n'est pas, aujourd'hui, très troublé et triste?
quoi faire, petits frères?
que faire, tendres sœurs?

le bonheur, c'est de vous connaître tous
en autant qu'on ne s'entretue pas

Poètes contre la guerre

Vous avez des complexes ?
 

-         Vous avez des complexes ?

-         Oui. Enfin, je crois.

-         Combien ?

-         Quoi ?

-         Combien en avez-vous ?

-         Mais enfin !

-         Combien avez-vous de complexes ?

-         Je ne sais pas.

-         Combien ?

-         Quatre ou dix-sept, je ne sais pas.

-         Ce n’est pas très clair. Dire deux chiffres, en l’air, comme ça, c’est déjà oui, mais ça ne résout rien. Alors, Madame, combien ?

-         Je ne sais pas. Mille au moins.

-         Soyez plus claire.

-         Six ou sept millions, je ne sais plus.

-         Pouvez-vous préciser ?

-         Écoutez, c’est compliqué… dans le nombre, il y a sans doute les enfants, les amants, les réfugiés, les clochards, les voisins, les vieillards…

-         Soyez exacte.

-         Je ne peux pas.

-         Si, vous le pouvez. Combien de complexes avez-vous ?

-         Sept milliards neuf cents.

-         Il en manque.

-         Il en manque forcément. Il en manquera toujours. Déjà, à cette minutes, combien en reste-t-il de vivants ?

Le blanc des yeux, Boréal, 1999
 
Hélène Monette

Publié dans Les marcheurs de rêve

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