Outremer (Acadie)

Publié le par la freniere

Je resterai avec vous jusqu’à l’heure émouvante
Où votre cœur sera devenu un continent glacé
Dans le grand moment perdu de la route.
Lorsque tout se blase et se déforme
Dans le regard kodachrome des touristes.
Sur la terre où nous n’avons fait qu’aimer.
 
J’aurais aimé avoir tes yeux, mon père,
Pour regarder la mer, pour sonder l’horizon
Jusqu’en ses ineffables et tortueux refuges.
Mais tu ne m’as laissé que des routes
Qui s’entremêlent dans les synapses
Revêches et cravachées de ma mémoire.
La sonde abîmée d’un voyageur inquiet.
 
J’aurais aimé avoir tes yeux, ma mère, pour me méfier,
Pour regarder dans le ciel mystérieux
Où se profilent les conclusions et les indices.
J’aurais voulu avoir ta force
Pour cracher sur les évêques,
Sur leur manteau de dorure
Et sur tous ceux qui nous ont pris au collet
Dans nos sentiers chétifs et maladroits.
J’aurais voulu que ma vie soit porteuse
De l’absolue nécessité des choses et des êtres.
De leur urgence et de leur fragilité
Dans le ventre de la menace.
 
Et la mer est restée entre nous
Comme un blanc de mémoire interminable,
Une statue de sel le long de l’autoroute.
 
Herménégilde Chiasson
 

Publié dans Poésie du monde

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