Prière d'insérer (France)

Publié le par la freniere

De ma vie, je n’aurai jamais rien su faire de particulièrement remarquable pour la gagner, ni pour la perdre.

Voici un témoignage partiel du genre d’activité qui a absorbé la plupart de mon temps.

Qu’il n’y ait pas lieu d’en être exagérément fier, on n’aura pas besoin de me le dire.

Nul doute qu’il y ait eu infiniment mieux à faire.

Mais quoi, l’occasion se dérobe à chaque tournant. Elle s’évanouit comme une ombre.

Pourtant, je suis toujours plutôt en avance aux rendez-vous, parce que l’inexactitude est la politesse du peuple.

Toujours debout aux premières lueurs de l’espoir, je ne cède au sommeil qu’à la plus extrême limite du désastre.

Hier encore, je contemplais les lueurs sinistres d’un ciel bouleversé que reflétait la surface unie d’un étang noir où venaient éclater, par grappes empressées, des bulles d’encre. Toujours, quels que soient les évènements, des bulles d’encre.

Je ne me réveillai, transi de misère et couvert d’une brume glacée, qu’au moment où l’on vint m’avertir que mon meilleur ami était mort assassiné. On avait découvert son corps dans la cave d’un hôtel louche où ne fréquentaient que des gens totalement dépourvus de moyens d’existence. Le commissaire de police me demanda si je pouvais reconnaître le cadavre. Je l’apercevais par l’entrebâillement de la porte. La blessure était vraiment impressionnante. À partir de la pomme d’Adam jusqu’au dessous du nombril, il était ouvert – comme un livre.

 
Pierre Reverdy

Publié dans Poésie du monde

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