Ma fidélité

Publié le par la freniere

Au cloître de l’hiver, le labour se souvient des gorges de l’été. La fractale du temps étrille ses passages. De grands morceaux de gel collent les yeux des champs pour un sommeil vivant. Labourée, sillonnée, remuée dans son corps, la terre se prépare aux membrures de pains à pousser dans ses flancs. De la graine aux racines, chaque poussée de sève est un accouchement. Rien tant que toute chose dira cette patience à être parcourue, la pierre malmenée, la prière du saule, l'argile retournée, le minerai brûlé, la poussière des chemins qui amortit le pas. Tout ce qui est prêté, que l'on ne rend jamais. Par le chas des savoirs tombent les hirondelles, mais reviennent en printemps. Terre, tes hanches larges, tes sabots mal gauchis, tes arbres déployés à la bouche des vents, tes saouleries d'abeilles, tes marelles de craies, l'aubier sous tes écorces, et tes récréations d'oiseaux ou de soleils, tiens, simplement le jour chaque jour reconduit, tout est porté par toi. Et moi que tu accueilles, qui n'ai rien à t'offrir que des mots de pauvresse, et ma fidélité dans la tire des heures.

 

Ile Eniger, Bleu-miel

Publié dans Ile Eniger

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ile 15/12/2006 16:46

Merci Jean-Marc...