Jeudi 28 décembre 2006

Le petit matin pointe son museau sous les fougères. Il boit un lait nouveau. Un papillon s’éveille sous le poing au repos. Un oiseau chante quelque part. Malgré les taches qu’on lui laisse, la blessure des ornières, la route allège la douleur de nos pas.

Même au pire du silence, les mots me tirent par la manche. Ils m’emmènent ailleurs, me prennent pour un oiseau, me mettent en garde contre les mots qu’on nous impose. Je dois voler avec des pierres aux pieds, un arbre sur le dos, des étoiles dans les yeux. L’oiseau se cache dans son vol pour nous montrer le ciel. La bête se terre dans son trou pour nous laisser passer.

Je poursuis sans relâche le vol d’un oiseau, l’affluent d’une main dans la mer des gestes, les battements du cœur qui agitent la langue. On me reprochera toujours de ne pas travailler. Je le fais comme un arbre qui médite ses feuilles. Je garde les mains libres pour tenir un crayon.

La voix de l’ange qui surgit dans le son des guitares et le bruit des marteaux, ne laisse sur ma table qu’une poignée de mots. Je dois sans cesse faire le tri, départager le centre de la périphérie et l’arc-en-ciel de la pluie. Lorsque les mots se touchent, ils forment une main.

Ça prend beaucoup de mots pour bâtir un silence, beaucoup plus qu’un poème. Je dois avoir l’air d’un idiot à me parler tout seul, à faire les cent pas dans ma voix. Je sais bien pourtant que les pierres m’écoutent. Elles me répondent quelque fois. Familier des orties, j’écris avec du sang et des épines, de la sève et du bleu. Je crois aux miracles, celui de boire de l’eau ou de manger une pomme, celui d’aimer et de le dire.

Il y a tout dans la voix d’une mère : une maison, du lait, du pain, du rêve, des berceuses, des bruits utiles, des pas d’enfant, des mots venus de loin. Les herbes tout autour ont fini par m’adopter. Je me suis fait une famille végétale. J’apprends le thym et le lilas. J’ai pris le parti des ombelles contre celui des parapluies. Là où les saisons alternent sans même se consulter, la vie des éphémères se conjugue à l’entêtement du lierre.

 
par la freniere publié dans : La terre sous les pas
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Commentaires

       


Mains libres et qui se donnent comme une poignée d'orties.


De celles qui écartent les donneurs de leçons.


Mains libres que l'on prend comme le don du bon écart entre les êtres et les choses...au contraire de ses mots-résidus qui encombrent l'espace médiatique


Mains libres qui s'ouvrent chaque matin à l'aurore des paroles*


Et l'univers figé se rompt et s'ouvre à la métamorphose des métaphores vives**....


* Bachelard


** Paul Ricoeur



commentaire n° : 1 posté par : jjd (site web) le: 29/12/2006 17:48:29

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La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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