Jeudi 11 janvier 2007

Un merle dit sa messe dans un arbre sans feuilles. Une mésange passe à l’encre les gribouillis neigeux. Un caillou tient sa vie dans son poing refermé. Des coulures d’oiseaux lacèrent l’horizon. La sève au creux de l’arbre bat comme un cœur d’enfant. J’ai mis le mufle de l’amour sur la paille des corps, des lettres sous les portes, des étoiles nouvelles dans le filet du ciel, la main froide de la nuit dans la main chaude du jour. J’attends les pas de l’aube sur une marche usée. Les odeurs sont les yeux de ceux qui ne voient pas et la musique leurs couleurs.

Le soleil s’applique à faire croire au bonheur et les enfants y croient comme les bêtes sauvages. Seuls les hommes s’entêtent à prévoir le temps. La tête sur les épaules est un fardeau trop lourd. Il faut ouvrir au ciel la volière des idées. Les arbres sous la pluie, les fleurs sous la neige, un même fil les relie au cœur des saisons. Quand il pleut, la terre prend le ciel dans sa bouche. Je cherche le sourire parmi les feuilles mortes. Mes souvenirs s’y promènent avec des cannes blanches. Entre l’éclair et le fumier, il faut regarder le monde sans barreaux dans les yeux.

J’écris sur des feuilles volées à l’automne, sur un carnet de peu, sur un cahier de fleurs, sur un papier de neige. Je fais une brèche dans le cercle, le temps d’une marée. On a chassé les tilleuls, les cerisiers cendrés, les érables à Giguère. Un oiseau fait naufrage dans la houle des foins. On a mis du suret, du verdâtre, du mal cuit pour cacher l’espérance. On sert du réchauffé à la place de l’amour. Je continue de manger dans la mauvaise assiette, les deux pieds dans les plats, la bouche pleine de mots.

On joue du gun pour tuer le temps mais c’est la vie qu’on blesse. Le bois brûle, le verre se vide mais le poème ne se consume jamais. Il se remplit sous les yeux du lecteur. J’imagine la mer derrière la fenêtre, des verrières en feu, quelques mots comme un fil dans l’épaisseur du silence. Je déplace les nuages comme des arcs-en-ciel. Je décroche la lune. Le moindre insecte émeut la terre des plates-bandes. L’abeille me reçoit dans son bureau de fleurs. On parle de soleil et de pluie, d’azur et de pollen.

Dans la chambre du cœur, je repasse ma vie à la lueur d’une bougie. J’ouvre la porte à l’infini.

(...)

par la freniere publié dans : La terre sous les pas
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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