À propos de Thomas Vinau

Publié le par la freniere

Un rossignol perché à la détrempe

 

Thomas, il est comme ça : on lui donne un mot il en fait un poème, une épopée, un plat mitonné, une vallée sans larmes, des peaux-rouges en santiags, un rossignol perché à la détrempe. On lui donne rendez-vous chez lui, à Pertuis, près d’Aix-en-Provence, il tourne et retourne le verre incassable posé sur la table, enfonce ses poings dans ses poches, ses cheveux noirs dans son col bleu et nous offre en partant des cerises cueillies sur l’arbre l’air de rien, mutin, timide, gamin.

De la chouette il possède le regard nyctalope, de la tortue une dans son jardin. Sinon il ressemble moitié à Rambo et moitié à Bambi. Et ce que l’on devine chez lui – mais pourquoi en parler ? – c’est la possibilité qu’il a d’être tourmenté.

Thomas c’est un jeune homme qui a trouvé sa voix, son octave comme aurait dit Jérôme Lindon, feu le fondateur des éditions de Minuit qui aimait parler de la sorte aux auteurs. Sa tessiture est extrêmement précise, et claire, pleine d’éclat, reconnaissable entre toutes : elle exprime plutôt qu’elle ne dit et nomme bien plus qu’elle n’évoque. Écoutez-le : « Je regarde les gris. Je frissonne. Je vais essayer de réchauffer la maison et puis j’irai vous chercher. Et puis on sera tous là. Ensemble. Tous les trois. Et puis j’allumerai un feu et le salon sera jaune et rose et chaud et bon. » Et puis : « Je te parle du vent. De la menthe qui pousse. De l’immense gris au-dessus de nos têtes. Je te parle des ronces sous la pluie. Des jours qui nous dépassent. Des absents. Je te parle de la perte. Je te parle des miettes. Des instants bienveillants. Des cadeaux minuscules. Des cailloux dans la boue. Des fourmis qui veulent vaincre. »

« Il y a dans ses phrases courtes tous les matins du monde » dit de lui Yann Plougastel (Le Monde Magazine).

Des années durant il a écrit de la poésie. Le noir dedans (éditions cousu main), Little Man (éditions Asphodèle), Fuyard debout (éditions Gros Textes) par exemple. Puis il s’est essayé à la longueur. Un entraînement en piscine ? Non, plutôt sous le ciel et les nuages, le soleil en masse, les êtres et les feuilles. Enfin on ne sait pas trop. On n’y était pas. En tout cas un jour il a mis en mouvement son art de la contemplation, dessiné des personnages, raconté des destins. Et nous, les éditeurs d’Alma, on s’est présentés avec un contrat, pétrifiés de joie. C’est comme cela que Nos cheveux blanchiront avec nos yeux est né. Un roman en deux temps qui raconte l’histoire d’un jeune homme, Walter, qui quitte la femme qu’il aime pour aller vagabonder du nord au sud de l’Europe avant de revenir, presque par hasard, vers celle qui a su patienter et attendre avec elle leur enfant.

Dans le prochain récit, Ici ça va, qu’il parachève en ce moment, il y aura encore un jeune homme, une jeune femme. Et puis une maison et une reconstruction – celle de la maison, celle du jeune homme sous le regard extrêmement lumineux, lumineux comme une toile de Fra Angelico de celle qu’il aime. C’est cela Thomas : du jaune de Naples envahi de bleu."

 

Catherine Argand

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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