À vous, pour toujours, Hélène Loiselle

Publié le par la freniere

Le timbre de sa voix était unique. Tout comme son large sourire et ses grands yeux. Avec la disparition d'Hélène Loiselle, mercredi matin à l'âge de 85 ans, s'éteint l'une des dernières grandes actrices de cette génération qui ont TOUT joué pendant un demi-siècle sans jamais avoir fait d'école de théâtre.

De Tchekhov à Tremblay en passant par Ionesco, Claude Meunier et Tennessee Williams, de Fanfreluche à Sous un ciel variable, la riche palette de cette comédienne lui permettait d'alterner entre rôles dramatiques et comiques, entre émissions jeunesse et créations en marge.

«C'était mon idole! s'exclame René Richard Cyr. J'avais un père théâtral [Guy Provost] et une mère théâtrale [Hélène Loiselle]. Aujourd'hui, je suis orphelin...» Le metteur en scène l'a dirigée à cinq reprises au théâtre. «Elle mariait l'intelligence à l'audace dans ses choix. Elle a souvent refusé des rôles parce qu'elle n'aimait pas le texte. Car elle était à l'écoute du sens d'une oeuvre, de la résonance de sa parole.»

 

Débuts dans le métier

 

Dans les années 40, Hélène Loiselle apprend son métier dans des cours privés avec des grands comme Charlotte Boisjoli, François Rozet et Jean Valcourt. Après un passage avec les Compagnons de Saint-Laurent, elle fait ses débuts professionnels dans un Alfred de Musset, puis rencontre son mari, Lionel Villeneuve.

Au retour d'un séjour à Paris, le couple sera des débuts de la télévision. L'actrice décroche un rôle marquant dans le téléroman Cap-aux-Sorciers. Elle joue dans plusieurs téléthéâtres à Radio-Canada. Les tout-petits l'apprécieront dans des rôles de sorcières, notamment dans Fanfreluche et La boîte à surprises.

 

Oui aux Belles-soeurs!

 

En 1968, Hélène Loiselle est déjà une grande vedette populaire quand elle accepte la proposition de deux jeunes inconnus: jouer le rôle de la pincée Lisette de Courval dans Les belles-soeurs.

«J'ai sûrement téléphoné à 80, 85 comédiennes avant de compléter la distribution, confie le metteur en scène André Brassard, en entrevue à La Presse. Or, Hélène a tout de suite dit oui! Elle accordait une place importante à la création. Elle pouvait prendre des risques pour contribuer à faire découvrir un nouvel auteur.»

Michel Tremblay lui doit d'ailleurs la naissance de sa première pièce: «Avec Germaine Giroux, Denise Filiatrault et Denise Proulx, nous avions quatre vedettes, ce qui a rassuré la direction du Rideau Vert pour produire la pièce», raconte-t-il.

Le dramaturge va lui écrire d'autres grands rôles, dont celui d'Albertine pour la scène et la télévision. Et, bien sûr, la tragique Marie-Louise que la comédienne créera sur les planches du Quat'Sous, avec Lionel Villeneuve qui joue Léopold.

«Cette fois, Hélène a hésité avant d'accepter le rôle, se souvient Michel Tremblay. Elle a demandé à son mari s'il était sûr de vouloir jouer ça soir après soir - un couple qui s'entredéchire et qui s'haït jusqu'à la mort. Il lui a répondu que ce serait difficile... mais qu'ils s'aimaient assez pour passer à travers la production!»

 

Des classiques du cinéma québécois

 

Dans Mon oncle Antoine, en 1971, Hélène Loiselle joue avec Jean Duceppe. Ce film de Claude Jutra est considéré comme l'un des meilleurs films québécois de tous les temps.

L'année suivante, elle apparaîtra dans Françoise Durocher, waitress, un film signé par le tandem Brassard-Tremblay.

Dans les années 70, l'actrice participe à l'éveil du féminisme (avec son amie Pauline Julien) et du nationalisme québécois. Elle est bouleversante dans le rôle de la femme de Jean Lapointe dans Les ordres de Michel Brault, un autre classique de notre septième art.

Femme timide, en retrait, elle s'est consacrée à son métier et à sa famille. Elle n'ouvrait pas sa porte facilement aux médias. «Elle ne donnait pratiquement pas d'entrevues, car elle n'aimait pas ça et n'était pas bonne: en entrevue, elle ne finissait jamais ses phrases! dit René Richard Cyr. Elle refusait le cliquant du glamour et du showbiz. Au fond, c'était une bohème.»

«Elle avait une sensibilité à fleur de peau, une fébrilité, ajoute André Brassard. Elle était méticuleuse et préparait bien ses rôles. Mais sur scène, elle n'était pas nécessairement une actrice avec de grands éclats théâtraux. Elle frémissait plutôt, comme un couvercle sur un chaudron quand tu fais cuire des patates!»

À l'hiver 2002, Hélène Loiselle est montée sur scène pour la dernière fois. Non pas au théâtre, mais pour la compagnie Danse-Cité, dans une chorégraphie signée Estelle Clareton avec 10 danseurs. Elle incarnait une vieille femme dont la mémoire flanche, confondant les êtres et les souvenirs... comme dans la vie: l'actrice venait d'apprendre qu'elle était atteinte de la maladie d'Alzheimer.

La peur d'oublier son texte et de ne plus maîtriser ses gestes... Quelle angoisse pour une interprète qui a toujours excellé dans son art. Madame Loiselle s'est alors retirée sur la pointe des pieds, ne faisant que de rares apparitions dans les premières au théâtre.

Heureusement, il reste ses rôles. Tout comme son talent, ils sont inoubliables!

 

 Luc Boulanger   La Presse

 

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En 1968, à la salle du Gésu, Hélène Loiselle participait au spectacle Poèmes et chansons de la Résistance, avec Pauline Julien, Clémence Desrochers, Louise Forestier, Ginette Letondal. À l'arrière dans la photo, de gauche à droite : Jacques Larue-Langlois, metteur en scène, Guy Thouin, Robert Charlebois, Raymond Lévesque, Gilbert Langevin et Claude Gauvreau.

Publié dans Les marcheurs de rêve

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