Adieu à la ville

Publié le par la freniere

Il y avait une place qu’on appelait la ville
Belle hideuse entr’ouverte à la lumière des phares
Plus d’un homme y a cru s’acharner sur la ligne
Pour y sortir luisant le poisson des sous noirs

 

Quand d’instinct la nuit folle éclaboussait les êtres
Je restais accroupi à la sortie des bars
La senteur surtout quand c’était des filles
Restait accrochée à ces lampes de foire

 

Frites grasses et torchon de la fin de la course
Nous étions poursuivis par la police à jeun
Pour avoir dérangé le sommeil des indics
On déneigeait demain c’était blanc de beauté

 

Cachés sous Dollard à la lisière du parc
On entendait tomber les cadavres
Dans la fontaine immense de nos âmes
Et les roues des cyclistes dans la tempête brève

 

J’ai pris part à ces troubles volontaire et coupable
D’avoir versé d’un bord et chanté de l’autre
C’est au temps où le coin était présentable
Les clochards par cœur savaient lire les yeux

 

La trainée de poudre disparaissait au loin
Dans les saignées d’aurore jusqu’à la sècheresse
Le désert dans nos bouches c’était le mirage
Écarté de la main par un grand coup de tresse

 

Nous abusions de tout à la grandeur des lustres
Mille images aux fenêtres des corps décrissés
 Le plancher se collait aux semelles farouches
Elles dansaient pour avoir l’impression d’exister

 

Nous avions traversé par le carré des lunes
L’illusion de savoir par où recommencer
Ce jour d’hui bien avare de ne connaitre sage
Que le bruit de la bière dans la gorge assoiffée

 

Et si la part belle aux rainures des comptoirs
Usait de ses coudes pour languir dans le vide
On rattrapait la chute elle s’affalait sans choir
Emportant les boutefeux dans sa bride

 

Nous n’étions pas trop de mille à crier
C’est l’horreur du dernier feu de grève
Ils allaient fermer la résistance vaine
Contre les battants lourds du premier

 

Et la bataille avait je ne sais quoi de sourd
Les aveugles fermaient leurs yeux sur l’amour
J’étais muet de frire au cœur des voluptés
Mais l’amande serrait sa ficelle dans le puits

 

On a brassé les cartes au coin de la bouche
L’as est sorti du jeu pour te faire une énigme
Tu descendais les marches pour aller dans la mienne
J’ai quitté cette ville à la fin de ma scène

Maxime Catellier

Publié dans Poésie du monde

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