Au matin de la solitude

Publié le par la freniere

 

à René Depestre

 

s’il t’arrivait

s’il t’arrivait encore d’en voir de toutes les couleurs

 

s’il t’arrivait

de trébucher dans l’herbe de ta négritude

ou de prendre racine sous la lave du temps

 

s’il t’arrivait de traverser à gué

l’estuaire d’une autre solitude

de fendre la pierre ponce des utopies

pour y trouver le sel d’un ultime rivage

 

s’il t’arrivait

s’il t’arrivait encore de voir le malheur nègre tendre son cou de girafe

dans les champs de coton

 

companero de nos lointains amonts

sache qu’il te resterait

les couleurs du vent

que les poètes hissent sur leur mât de cocagne

 

            jaune safran du rêve

            piment d’octobre rouge

            pour embellie d’azur

 

et tes mots affranchis feront l’amour aux mots

pour éprouver la bonne santé du monde.

 

Bruno Doucey


Publié dans Poésie du monde

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