Au poète mort

Publié le par la freniere

 

C’est un silence tranquille qui attend que le jour m’éveille. J’attends vos mots, vos voix, vos yeux. J’attends un cri d’enfant, la première parole du jour.


C’est un silence tranquille, rien ne change, dehors le soleil revient mais l'hiver pousse encore ses cris.

Cette année je n'ai pas vu le printemps. Dehors une inquiétante quiétude laisse courir le temps. Mon  chat dérive. Les étoiles, le vent et le temps, l’aspirent. Je le retiens de mon mieux, je le suis, je lui parle, où il ira, j’irai.


Je lis.


Un poète est mort. Il est possible que l'indifférence tue encore. Mais est-ce un crime ?


Sa lettre d’adieu encore me flagelle, c'est le cri d’un homme qui meurt d’attentes et d’utopies assassinées. Il est parti comme une étoile s‘éteint, comme meurt une abeille dans le silence du monde.


Combien faut-il aimer pour sauver une vie ?


Je pense à toi, à vous, aux vôtres, aux miens, à ma femme qui fait le chemin du vent, aux sentiers de l’enfance ; je pense à notre route et au crépuscule qui vient. Je pense aux cris que l’on n’entend pas et au silence de l’univers quand un être pleure.


Fait-on des lettres posthumes, parle-t-on au silence ?


J’aimerais dire au poète : tes mots m’empoignent le cœur, tu es l’ami que je n'ai jamais connu. Tu n’as pas fui, tu es parti loin de la lourdeur du monde, loin de l’indifférence des poètes infirmes, de la clique des imbus, de leurs ego qui pétaradent l’immondice, de leurs jugements ; tu es parti loin de leur guéguerre faite juste pour jouir.


Tu n'as pas trouvé de frères, tu as mis ton scaphandre d’explorateur et tu es parti tenter l’improbable aventure, tu es parti pour l’incalculable.


Parlant de toi, quelqu’un a dit : "normal, c’était un malade". C’est un qui jouait du mot comme l’on joue du couteau. La compassion habitait ailleurs.


Ami que je n'ai pas connu, parfois un silence nous parle, parfois je te croise. Encore plus fort qu'hier, je sais qu'il nous faut écouter plus attentif, plus grand, et mettre de l'amour sur l'indifférence, beaucoup d'amour.


Plus je sais le monde, plus j’ai peur.


J’attends vos mots, vos voix, vos yeux. J’attends un cri d’enfant, la première parole du jour.

 

Jean-Michel Sananès

 

 

Publié dans Jean-Michel Sananès

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