Avec la révolte

Publié le par la freniere

Ce que l’on méprise nous ressemble souvent. La barbe pousse encore dans les charniers du monde. Les dépouilles ont des ongles égratignant l’abîme. À chaque jour, des hommes dorment sur les passages cloutés. Des forêts meurent sous les caterpilars. Des terres promises deviennent des déserts, des champs de mines, des parkings. Des fruits pourrissent avant d’éclore. Des enfants naissent dans les dépôts d’ordures. Dans les rues qu’on invente, il n’y a plus d’espoir. Il y a des villes immenses qui n’ont plus de soleil. L’homme n’est plus un homme, mais un client, un usager, un début de fantôme. Quelques poètes, quelques fous, lèvent leurs vers très haut et slamment à contretemps des horaires. Il n’y a plus grand chose à voir et mes cheveux sur l’oreiller me rappellent mon âge. Les sirènes et les balles rendent les oiseaux muets. J’ai échangé ma montre pour un dessin d’enfant, troqué mon pain contre du rêve. J’écris ce que mon ventre crie. C’est en terrain miné que je sème des phrases pour que saute la banque. Face à la dictature, au commerce ou aux rapports de force, la parole est sans voix, la beauté sans visage, la magie sans miracle. Il faut remplir les mots vides avec de la révolte.

 

On naît assassiné dès les premières heures, restent l’emprisonnement à l’âge de l’école, l’embrigadement, l’esclavage, à peine une oasis quand les os sont usés. Les balles d’où qu’elles viennent font des morts partout. La terre est un immense champ de tir, un camp de réfugiés, une prison globale. Dans la maison du monde, les portes sont blindées. Nous regardons la vie par le trou d’une balle comme les yeux d’un sniper. Tous les poignards, les balles et les éclats d’obus nous entrent dans le cœur. Je me lance en boxeur dans le ring du blues, mais je n’atteins jamais que des baudruches et des lutteurs de foire. Mes mots sont trop petits face au racket industriel, aux mercenaires du dollar, aux soldats de fortune, à la naziocratie des vendeurs d’assurances. Toutes les télés du monde sont un miroir du mensonge, et l’on voudrait nous faire croire que tous s’y reconnaissent. Monsieur le président, je n’ai jamais voté pour qu’on tue des enfants, pour qu’on affame le monde, pour qu’on passe à l’amour la camisole de force, pour qu’on rame en kayak dans la boue des cadavres. Et vous, les trois docteurs au pouvoir à Québec, vous nous rendez malades à trop soigner l’économie. Les dollars ne saignent pas, mais les hommes peuvent souffrir, avoir faim, avoir soif, avoir honte. Les hommes peuvent se tanner et se tenir debout.

 

Publié dans Prose

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