C'est une maison

Publié le par la freniere

A huit ans j'ai ouvert mes mains pour laisser partir ma mère. Sa route et pas la mienne. A trente quatre ans j'ai ouvert mon cœur pour laisser s'en aller l'homme. Son existence et pas la mienne. A l'âge du jour, je dois ouvrir ma vie pour laisser bifurquer l'osmose. Sa direction et pas la mienne. C'est une maison de portes ouvertes fermées. Une petite fille perdue en couloir d'hôpital. Une jeune femme devant l'aimant qui s'éloigne. Une vieille femme accueillant l'inéluctable de la lucidité. Ces fatigues posées doucement quand les forces trahissent. Quand le cri ne sert plus. Tu aurais préféré qu'aimer soit un pays solitaire à deux. Mais toujours le vent tourne. Ce printemps de girouettes donne des migraines. Le corps du poème brame comme un vieux cerf dans la forêt muette. Tu le sais maintenant, tu marches du côté inconnu, sans cailloux blancs ni espoirs de retours. Il te reste le présent à pétrir pas à pas, et la petite lampe allumée de l'intérieur. Mais c'est plus fort que toi, au plus seule de la traversée, tu sais que la joie c'est toujours ici et maintenant.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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