Chanteur de silence

Publié le par la freniere

Touriste du dedans
je promène l’infini
comme on promène son chien
sans laisse ni médaille.
Les pays de passage
voyagent par ma voix.
Chanteur de silence,
l’absolu sur la langue,
bon à tout, bon à rien
et même à l’espérance,
c’est debout que je lis
dans le livre des arbres
et sa rumeur de pages
qu’a déjà le feuillage.

Je traîne ma lenteur
sur le bord de l’instant,
un peu de ciel, un peu de miel,
un peu de mer aussi
dans le vert de mes yeux,
un vieux rêve de poche
comme un chagrin d’enfant,
les galets de Cadou
dans le ruisseau du cœur,
les enjambées de Char
sur le bord de la Sorgue,
la couleur des mots
de Rutebeuf à Tzara,
la douleur des cris
de Baudelaire à Miron,
les souris de Prévert
qui grignotent le temps,
la belle tête de Lorca
éclatée sous les balles,
un peu de lac, un peu de lait,
les veines qui se gonflent
quand la mère tend son sein,
une part de neige, une part de pierre
dans les eaux de Bachelard,
Desnos, Hikmet
et leur vache enragée
sous les cornes d’espoir,
les lignes d’Éluard
caressant l’impalpable,
la barbe de Whitman
dans la rumeur des rues,
le vélo de Perros
dessinant la Bretagne,
les objets de Guillevic
échappés sur la page,
l’échoppe de Le Gouic,
ses poèmes en faïence,
la mouillure des caresses
au secret de la touffe
et les images en neige
remontant vers les yeux,
la folie dans sa cage
souriant aux étoiles,
un chaland plein d’écume
où l’odeur a une âme,
les parfums de lumière
dans un jardin de nuit.

Chaque mort emportant
un peu de mon visage
dessine dans mes rides
son sourire en allé.
Vous pouvez fouiller mes cris,
colorer mes images,
bazarder ma parole
mais ne laissez pas fondre
le sucre de l’amour
avant même d’y goûter.

 

Publié dans Poésie

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André Chenet 12/05/2013 04:35


Je bois ta parole comme le "Dulce leche" de Buenos Aires où je séjourne ...