Combat singulier

Publié le par la freniere

À Ibrahim Shahda

« Je suis malheureusement debout derrière cette fenêtre fermée à l’espagnolette, dans une maison froide, dit-il ; et la vérité, dehors, semble maintenant hors d’atteinte. » Des arbres, le vert des prés, plus loin le ciel, aussi couché dans l’herbe un chien noir qui, probablement, rêve. On imaginerait sans peine la mer pour échapper à l’ordinaire ; mais seule une sombre déchirure entre les ronciers s’ouvre, par laquelle la mort encore hésite à rebrousser chemin.

On le suppliait de fermer en plein la fenêtre, de tourner les yeux vers l’intérieur. Qu’y avait-il à tant fouiller dans l’entrelacs des branches, parmi les rêves déchirés du chien ?… On aurait voulu le voir s’asseoir, poser à plat ses mains sur la table et reprendre avec nous les conversations familières, tout à fait apaisé. Au lieu de quoi, le regard perdu dans les plis du vent il s’obstinait, visionnaire esseulé, à lever un rempart du côté des ronciers.

« Écartez de moi le bruit », dit-il encore. Puis, parce que l’un d’entre nous insistait, il expliqua comment la maison était trop étroite pour contenir une telle agitation, l’escalier pareillement étriqué à n’y point grimper deux de front sans désordre. Ne valait-il pas mieux, dès lors, renoncer aux vains bavardages, s’armer de silence et porter secours à ce qui, là-bas, menaçait feu sous les taillis ?…

Enfin les heures définitives passées devant la fenêtre avec la tombée du soir s’effacèrent. La brèche dans les broussailles s’était élargie, par où maintenant s’en retournait la mort qu’un chien rêveur sous un ciel calme raccompagnait. « Demain matin, dit-il, ensemble nous irons voir la mer. »

 

Pierre Autin-Grenier


Extrait de « CHRONIQUES DES FAITS »,
publié en février 1992 par Jean Le Mauve , et que s’apprête à rééditer, accompagné d’illustrations de Georges Rubel, l’excellent Jean-louis Maurice Massot à ses Carnets du Dessert de Lune.

Publié dans Glanures

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