Compétence ou connaissance ?

Publié le par la freniere

 

Il est couramment admis qu'une compétence recouvre une connaissance et qu'une connaissance peut développer une compétence. Il ne s'agit pas là de remettre en cause le mouvement qui donne son sens aux deux termes. 

 

Cependant, l'ingénierie des savoirs, largement inspirée de la logique entrepreneuriale, accorde à la compétence le primat qu'elle réservait jadis à la connaissance. La compétence devient une potentialité de connaissance qui sera ou non actée dans un environnement donné. 

 

Exemple : Je peux savoir, en achetant six gâteaux à trois euros, que j'aurai à en débourser dix-huit. Mais je ne sais pas à coup sûr et hors contexte que six fois trois égale dix-huit. 

 

Question : A-t-on besoin de savoir à coup sûr et hors contexte que six fois trois égale dix-huit ? 

 

Dans le cadre d'une économie de la connaissance, savoir à coup sûr et hors contexte que six fois trois égale dix-huit est inutile. La compétence implique en revanche une dynamique qui mobilisera ladite connaissance tout en gardant le cerveau disponible à l'actualisation d'autres compétences, dans le schéma d'une tâche à effectuer.

 

La compétence est donc une potentialité, voire une virtualité. Rendue vraie par une performance qui la réalise. 

 

Conclusion : L'effacement de la connaissance devant la compétence produit des savoirs exclusivement rentables. Pour le reste, qui n'est que littérature et fantaisies diverses, l'éventuelle curiosité des individus y pourvoira. Dans les espaces de liberté qu'on voudra bien encore leur octroyer, juste avant qu'ils crèvent.

 

Et c'est ainsi que l'humanité, enfin vraiment ignorante, sera plus que jamais docile. 

 

Dominique Boudou

 


Publié dans Glanures

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