Cousine des écureuils (Québec)

Publié le par la freniere

 

emily dickinson (1830-1886)

 

chacun de nous s’en serait moqué

de la petite ivrogne de rosée

vieille fille aux yeux de confitures

cachant la littérature dans son tablier

 

sur le papier rose-brun du boucher

et sur les vieilles enveloppes

elle notait légèrement les toutes nuances

de toute son appartenance

à l’immensité possible

 

elle perdait le souffle

en voyant le geste du soleil

enflammant la queue de l’écureuil

elle respirait comme une colline

avec ses deux petits poumons étroits

 

en regardant passer l’abeille

dans sa carriole de miel

elle laissait dans la galaxie

du champ de trèfles célèbres

les craquias innocents grafigner

sa belle robe jaune

 

si elle murmurait parfois

une journée

au secours

une autre journée

elle sarclait le désespoir

proprement avec ses belles manières

 

voyez-vous

si on parlait fort

en sa présence

elle montait à sa chambre

en s’excusant d’un petit sourire

 

je ne sais pas si elle aimait son corps

est-ce qu’on aime vraiment l’univers

 

(…)

 plus douce que sage

elle traversait des après-midi

avec une émeute dans le cœur

et un espoir farouche

comme les premières locomotives

 

elle savait

qu’elle était

la plus petite

dans la maison 

 

(…)


Michel Garneau

 

Publié dans Poésie du monde

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