D'un être à l'autre

Publié le par la freniere

L’homme a crée le bruit pour assourdir le cœur. La bêtise a de beaux jours devant elle. La presse, la télé, le cinéma en ont fait leur vedette. Les mots ne servent plus le vrai. Ils font la roue, la une, les chaînes, les écrans, les choux gras. Les dernières nouvelles nourrissent le sang des brutes. Un rempart d’argent protège les riches de l’amour. La monnaie qu’ils échappent satisfait leurs esclaves qui touchent leur salaire en caressant leurs chaînes. Trop occupé à travailler, l’homme se dérobe à sa tâche d’aimer, sa seule raison de vivre. Les doigts de l’homme sont devenus barreaux, ses yeux des garde-chiourmes. Puisque mes pas trébuchent sur une ligne droite, je serpente comme l’eau d’un ruisseau. De la raison de l’homme à la raison d’état, j’ai préféré le rêve. Il ne suffit pas de faire du pain. Il faut surtout le partager. La sève ne connaît pas la mort. Le cœur d’un arbre bat dans le bois d’un cercueil ou celui d’une table. Le ciel cherche refuge dans les yeux grand ouverts.

 

Le premier mot d’une œuvre n’est jamais le premier. Il vient de bien plus loin. Il vient du premier homme, de la première étoile, de la première amibe. Tout ça pour finir entre deux pubs télé, dans un champ de mines, un cimetière d’autos, sur des visages trop fardés pour inférer leur âge. Du limon des abysses aux crêtes de l’Everest, la terre survit depuis trois milliards d’années, fragile mais vaillante. L’homme depuis quelques années réussit presque à la tuer. La sécheresse du cœur signera son épitaphe. Le cours de la Bourse a détourné le cours des rivières, les assises du monde, la fleur de sa tige, l’enfance de son rêve, l’âme transmise d’un être à l’autre. Des enfants meurent de faim pour engraisser les voyous de la finance. Les jingles des portables ont remplacé le cui-cui des oiseaux, les horloges parlantes le couac des canards, les polices d’assurance la peur des dinosaures. Le printemps s’étiole lorsque l’espoir saigne sur la croix des usines. Qu’on ne s’y trompe pas, on érige les plus beaux édifices sur un tas de scories. La pluie ne lave plus que la surface des choses.

 

La chair garde-t-elle mieux l’empreinte des caresses ou celle des épines, le goût de l’amertume ou celui des épices ? Se prenant pour un dieu, l’homme en a trop fait, beaucoup plus de pire que de meilleur. Pourra-t-il soutenir encore longtemps le regard des oiseaux, l’inimitié des fleurs, le jugement des arbres ? Reverra-t-il entier son visage fardé ? Retrouvera-t-il enfin l’autre moitié du monde ? Plutôt que le temps qui nous tire au néant, je m’accroche à l’espoir comme la graine redistribue l’espace. Je vais chercher les mots oubliés par la vie et que l’homme néglige, les mots bonté, fraternité, partage. Le mot fortune m’indiffère. Quand les murs montent avec l’homme, il ne voit presque plus. Il n’y a plus de mots pour répondre à la vie. Je touche terre comme d’autres ont marché sur la lune.

Publié dans Prose

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