Décès de Jean-Louis Roux

Publié le par la freniere

Je viens d'apprendre le décès de Jean-Louis Roux.
Cicatrice au visage, séquelles d'un duel, il m'a raconté l'histoire!.
J'ai aussi appris comment à l'époque il a quitté la Conférence canadienne des Arts et ensuite se joindre aux États généraux de la culture du Québec. J'ai pu grâce à lui assister à des moments de grâce de l'histoire du théâtre québécois allant de la création des Fées ont soif de Denise Boucher, au magnifique La charge de l'orignal épormyable de Claude Gauvreau monté par Jean-Pierre Ronfard, assisté à la Nef des Sorcières, voir les pièces de Tremblay, Loranger, Ducharme et combien d'autres. Nous étions une bande de jeunes travailleurs culturels (contre-culturels) issus des régions avec la ferme volonté de conquérir Montréal. Accueillis à l'Association des sculpteurs du Québec par Armand Vaillancourt, Jean-Gauguet Larouche, André Fournelle, Peter Gnass et plusieurs autres, nous sommes vite devenus animateurs de la Galerie Espace. La Galerie était installée dans l'ancien atelier de conception de costumes et décors du TNM sur la rue Sanguinet. Depuis quelques temps l'immeuble était en vente. Les pressions venaient de Successions dont c'était le dernier actif à liquider. Jean-Louis Roux faisait partie du collectif de comédiens (Groulx, Hoffmann, Gascon, etc) propriétaires de l'immeuble et responsable de sa liquidation. Plusieurs groupes s'intéressaient à l'immeuble et j'avais appris qu'une offre sérieuse d'un prestigieux studio de son venait d'être déposée. Mes premières rencontres avec Jean-Louis Roux ont été immédiatement chaleureuses et il a cru en la faisabilité de notre Bureau Central des Utopies! Le paiement devait s'effectuer dans l'année courante, il nous a supportés et attendus quatre ans durant. Des années plus tard, je l'ai invité à Vancouver pour un récital de poésie et une formation de comédien(e)s. Il a conclu le spectacle avec son poème préféré, Liberté de Paul Éluard.

 

Régis Painchaud

 

778953-jean-louis-roux-1994.jpg


Jean-Louis Roux avait fondé le TNM en 1951 avec Jean Gascon, Guy Hoffmann, Denise Pelletier et Georges Groulx, notamment. Acteur «élégant», formé à l'école française, il était plus à l'aise du côté de Tchekhov et Shakespeare que chez Tremblay ou même Dubé - quoiqu'il ait joué l'«intellectuel» Ovide dans les Plouffe de Lemelin à Radio-Canada dans les années 50. Néanmoins, à titre de directeur artistique du TNM, il a volontiers ouvert son théâtre à de nouveaux dramaturges très québécois tels Gauvreau et Ducharme. C'est aussi lui qui a mis courageusement à l'affiche en 1978 le brûlot féministe québécois Les Fées ont soif, de Denise Boucher.

Né à Montréal le 18 mai 1923, Jean-Louis Roux fait ses premiers pas sur les planches au Collège Sainte-Marie, avec son camarade de classe Jean Gascon. Et même en poursuivant plus tard des études en médecine, sur les traces de son père, le jeune Roux joue encore, maintenant chez les «Compagnons de Saint-Laurent» du père Legault au Gesù.

 

En 1946, l'actrice française Ludmilla Pitoëff, exilée en Amérique avec sa compagnie pendant la guerre, engage Roux et Gascon pour jouer auprès d'elle à Montréal. Elle encouragera ensuite ces deux jeunes doués à venir suivre de vrais cours professionnels en France, et les deux Canadiens abandonneront la faculté de médecine pour le théâtre.

 

Après trois ans d'études à Paris, Jean-Louis Roux revient à Montréal et fonde au Gesù en 1950, avec Éloi de Grandmont, le Théâtre d'essai, qui deviendra l'année suivante le TNM, dont la mission est de présenter «des oeuvres majeures du répertoire classique et contemporain». Ainsi, le 9 octobre 1951, Jean-Louis Roux est de la première production du TNM: L'Avare de Molière.

 

Commence alors pour l'acteur une brillante carrière de grands rôles au théâtre (Pygmalion, l'oncle Vanya, Freud, le snob dans L'Ouvre-Boîte avec Yvon Deschamps...) et de mises en scène - une quarantaine - à «son» TNM, où il est secrétaire général à partir de 1953, avec Gascon à la direction artistique.

Après une brouille aux commandes, il quitte le TNM en 1963, pour y revenir, à la direction artistique cette fois, en 1966, lorsque Gascon claque la porte, furieux de n'avoir pu obtenir en exclusivité la salle Port-Royal de la toute nouvelle Place des arts - le TNM était alors logé à l'Orpheum, un vieux théâtre (situé en face de l'ancien cinéma Parisien) qui devait être démoli.

 

Jean-Louis Roux sera donc pendant 16 ans, jusqu'en 1982, à la barre du théâtre, d'abord colocataire à la salle Port-Royal (aujourd'hui le Théâtre Jean-Duceppe), puis propriétaire à la Comédie canadienne, de Gratien Gélinas, que le TNM achète en 1972 et qui est toujours sa demeure, rue Sainte-Catherine.

 

Des classiques aux créations

 

Pendant ses 16 années à la direction artistique, Jean-Louis Roux poursuit le mandat de la maison en programmant les grands classiques de la dramaturgie. Mais il offre aussi la prestigieuse scène du TNM aux nombreuses créations qui surgissent du Québec foisonnant de la Révolution tranquille - HA ha!... de Ducharme, Les Oranges sont vertes de Gauvreau.

 

En 1981, considérant qu'il avait perdu le soutien du conseil d'administration du théâtre, il quitte son «bébé» - qui a maintenant 30 ans. Il deviendra alors, jusqu'en 1987, directeur de l'École nationale de théâtre du Canada, à Montréal, qui avait succédé en 1960 à l'«école du TNM», fondée en 1952.

D'abord et surtout homme de théâtre, l'acteur n'a pas été très présent au petit écran: on l'avait certes vu en tout début de carrière dans La Famille Plouffe puis dans La Côte de sable; on le revoit ensuite dans Septième Nord, Mont-Joye, Duplessis et Cormoran.

 

On ne l'a pas beaucoup vu non plus au cinéma - son accent, encore... -, si ce n'est, souvent, dans des petits rôles de bourgeois ou d'érudit: Cordélia de Jean Beaudin, Les Portes tournantes de Francis Mankiewicz, Salut Victor d'Anne Claire Poirier, et plus récemment, Nouvelle-France de Jean Beaudin, et C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée - le curé à la messe de Minuit, sur un air des Stones.

 

En plus de faire sa marque comme comédien et metteur en scène, Jean-Louis Roux a occupé plusieurs fonctions dans l'industrie culturelle de même que sur la scène politique. Il a ainsi été président de la Société des auteurs (1953-1962), président du Centre canadien du théâtre (1959-1968) et vice-président du conseil d'administration de l'Office national du film (1974-1977).

 

auréat de nombreuses récompenses, Jean-Louis Roux a notamment reçu le prix Victor-Morin de la SSJBM en 1969, le prix Molson du Conseil des arts du Canada en 1976, le prix Denise-Pelletier du gouvernement du Québec en 1987 et le prix du Gouverneur général pour les arts de la scène en 2004. Il a également été nommé Compagnon de l'Ordre du Canada en 1987 et Chevalier de l'Ordre national du Québec en 1989.

Il a traduit de nombreuses pièces, dont plusieurs Shakespeare, et a publié des mémoires en 1997, Nous sommes tous des acteurs.

 

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

Commenter cet article