Décèsdu photographe et cinéaste Guy Borremans

Publié le par la freniere

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Né le 11 juillet 1934 à Dinant (Belgique), l’artiste Guy Borremans (on prononce Bor-re-mance) vit au Québec depuis le début des années 1950 (novembre 1951, plus précisément). Il n’avait que 17 ans lorsque sa famille migra de la Belgique vers le Québec.

 

Autodidacte, il fut l’un des principaux pionniers de l’art photographique au Québec. « Il a fait de la photographie l’égale des autres procédés artistiques » (p. 28). Il fut aussi cinéaste et photographe de plateau et/ou directeur de la photographie pour diverses productions cinématographiques.

 

L’œuvre de Borremans est immense : on dénombre quelque 250 000 clichés et 72 productions cinématographiques.

 

Son film le plus innovateur est très certainement « La femme image », un moyen métrage d’une quarantaine de minutes écrit, réalisé et dirigé par Guy Borremans entre 1958 et 1960. Ce film raconte « l’histoire d’une lutte entre la raison et l’instinct vital dans ce que ce dernier a de plus fondamental, aux confluences du désir, de l’érotisme, de l’amour. » (p. 74)

 

Ce film présente de l’intérêt à plus d’un titre. On ne peut ignorer la qualité poétique du texte écrit d’une manière automatique, très influencé par le surréalisme, qui fut composé en une nuit. La bande sonore est aussi d’une grande originalité. Elle est le fruit d’une improvisation jazz de René Thomas (guitare) et de son comparse belge Bobby Jaspars (saxophone). Cette improvisation eut lieu lors du visionnement du montage final du film. On n’est pas sans penser au film de Louis Malle, Ascenseur pour l’échafaud, et à la musique de Miles Davis.

La plus intense période d’expérimentation et de création de Guy Borremans s’échelonna entre 1950 et 1964, période où il entra en contact avec le milieu des artistes montréalais gravitant autour de l’automatisme et de l’art non figuratif (plasticiens). « En effet, l’artiste y a réalisé ses premières expositions particulières, ses premiers films. Son sens esthétique et son expression personnelle s’y sont précisés tout en marquant l’avènement de sa maturité artistique, juste avant son départ pour un exil de quelques années à Paris et à New York. » (p. 16-17)

Cet exil fut provoqué par la censure et la moralité publique pudibonde de cette époque qui lui reprochait l’audace de ses sujets, entre autres, ses nus féminins installés dans des espaces naturels. Nous faisons aussi référence à sa série d’images « Chère, chair », Montréal, 1960, qui montre le corps nu d’une femme dont les bras semblent attachés à un crochet comme les pièces de viande et les carcasses d’animaux qui l’entourent dans un entrepôt frigorifique.

 

« Mettant en relation la femme comme expression de la beauté dans des décors arides, il peut ainsi exprimer la déchirure tragique dont il se sent habité. » (p. 51)

Ces contrastes violents formulent « l’idée de l’homme triturant vilement la nature vierge, une blessure que l’on fait à la terre. » (p. 51)

 

Bien qu’âgé de 77 ans, Guy Borremans reste toujours actif et il a su conserver son audace et son côté rebelle (la photographie qui le montre plus haut en témoigne).

 

L’avènement de l’image numérique et de la facilité à la modifier ou à la truquer ne sont pas sans l’inquiéter. « Entre de mauvaises mains, elle devient un instrument de pouvoir et de désinformation terrible. Il suffit de jeter un œil à la presse quotidienne, pour en goûter les fruits empoisonnés. Cela, sans parler de sa convergence honteuse, ici-même au Québec, et un peu partout sur le globe. On a l’impression que les luttes sont plus nombreuses, mais vu l’ampleur des problèmes et leur délocalisation, je sens que nous sommes moins efficaces dans nos actions. (...) On s’indigne de tout certes, mais aucune action directe n’est posée. » (p. 33)

 

L’affaire Aubry c. Éditions Vice-Versa (impliquant le photographe Gilbert Duclos) suscita une intéressante réflexion chez l’artiste :

« Nous sommes devenus une société de gens flous. Une société en bas de la ceinture. Une société sans visage. En censurant Duclos et tous les photographes, qui n’osent plus photographier la rue et ses habitants, le Québec s’est automutilé en se privant de plusieurs années de réalité. Irrémédiablement. Il y aura des pages blanches dans l’histoire du Québec, sinon des pages de flous « artistiques ». Il est bien vrai que le Québec aime la censure. Il est bien vrai que l’esprit qui habitait nos prêtres n’a pas disparu, seules les soutanes sont tombées. » (p.108)

 

Pour admirer l’œuvre photographique de cet artiste, il faut visiter son site Internet : Guy Borremans photographe.

Toutes les informations et citations que l’on trouve dans ce court article ont été puisées dans l’ouvrage de Sébastien Hudon. Une saison chez Guy Borremans. Montréal : Éditions Varia, 2007, 130 p. (Collection Mémoire vive)

 

Chartrand Saint-Louis

 

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Publié dans Les marcheurs de rêve

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