Christian Bachelin

Publié le par la freniere

 

Né à Compiègne en 1933, Christian Bachelin vit une enfance rêveuse et solitaire entre Compiègne et Roye-sur-Matz, petit village de Picardie. Le sentiment du mystère de la nature le touche très tôt. A l’Ecole militaire, où il s’engage en 1945, ses professeurs remarquent ses dons littéraires. A l’adolescence il découvre le surréalisme, Lautréamont, Henri Michaux et Robert Desnos, il rédige ses premiers poèmes. Ayant regagné la vie civile, il reçoit en 1953 le prix Marie-Bonheur pour son recueil de poèmes Stances à la neige.
Ensuite, dix ans de silence pendant lesquels il exerce une multitude de petits métiers, dont celui d’accordéoniste. Suit une intense période de création, aussi bien en vers qu’en prose, pendant laquelle Christian Bachelin s’isole dans l’écriture. En 1965, Jean Rousselot lui fait connaître les éditions du Pont de l’Épée, Guy Chambelland. Il publie plusieurs recueils : Neige exterminatrice, Médiéval in blues, etc. De retour à Paris en 1973, il est embauché à la Société des Gens de Lettres comme employé aux écritures. En 1975, il décroche le prix Charles-Vildrac pour Ballade transmentale. En 1987 paraît Complainte cimmérienne, aux éditions de la Différence. 

 

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«Quand paraît la Neige en 1967 aux éditions Guy Chambelland, Bachelin jeune marié exerce la profession de coursier chez un huissier de justice. Il a été enfant de troupe, manutentionnaire à l’entrepôt des épiceries en gros de Clairoix (près de Compiègne, sa ville natale), joueur d’accordéon aux bals des fêtes patronales en Picardie, chevalier à mobylette rouge et amoureux transi, buveur au long cours des soirées entre copains ( il ira, pour payer sa tournée, jusqu’à vendre à un prix dérisoire son exemplaire de L’Immaculée Conception, qui comportait la bagatelle d’un envoi d’André Breton à Francis Ponge). Il sera encore surveillant dans une coopérative agricole où il vérifiera les manomètres des séchoirs à maïs, pointeau dans une usine de parfum à Grasse où il aura le mal du pays et il sera aussi, à partir de 1973 - l’année de ses quarante ans - « employé aux écritures » à la Société des Gens de Lettres grâce à la bienveillance de Jean Rousselot qui l’introduit dans la maison de Balzac où il restera vingt ans : tout cela n’est pas plus vrai que la poésie où la vie s’invente magistralement, pas plus vrai que le rêve vertigineux de cette vie dont aucune biographie ne saurait rendre compte.»

Valérie Rouzeau  

 

 

Bibliographie

Neige exterminatrice (Paris, G. Chambelland, 1967)
Le Phénix par la lucarne (Goudargues, G. Chambelland, 1971)
Fatrasies en revenant d’aujourd’hui (Gap, La Bartavelle, 1988)
Complainte cimérienne ( Paris, La Différence, 1989)
Mémoires du Mauve Paris, Apogées, 1993)
Soir de la mémoire (Paris, Méréal, 1998)
Atavismes & Nostalgies (Aizy-Jouy, L’Arbre, 1999)
Cantilène engloutie (Charlieu, La Bartavelle, 1991)
Y seul (Paris, Zulma, 2001)
Neige exterminatrice, poésies 1967-2003 (Cognac, Le Temps qu’il fait, 2004)
Le démon d’antichambre (Paris, Rehauts, 2007)

 

 

*

 

Quel émigrant vêtu des pourpres boréales
Nous dira les frissons et les candeurs de l'ombre
Dans les fourrures dort un enfant millénaire
Au vent des corridors voyage le sommeil

Ce sont du fond des soirs hululements de cors
D'une épopée d'antan dans le creux des ravines
Monte la nuit hantée des domaniales d'ombre
Meurt sur la mousse un ange de luxure intime

Nous dira-t-il ce long effondrement nocturne
Où veille loin de nous notre propre légende
Comme visage errant dédoublé de nous-mêmes
En le délabrement de chambres chimériques

Tombe la neige d'étrangeté sensuelle
Subconsciente et splendeur lyrique des Enfers
Sur la forêt gravite une lune de proie
Un songe sans issue obsède le silence.

 

*

 

Attente

 

 

On enferme les fous dans un jardin de planches


On pique les chiens ivres

Asile de vieillards il reste pour mourir

Une chaise une tasse de tilleul sur la table

Et ce juste recul qui donne au temps vécu

Sa profondeur étrange aux odeurs leur saveur

Inexplicable et chaude



Une anguille se glisse dans les herbes du couchant

L’été fulgure entre les pierres

L’horizon se couvre de colombes de colombes occultes

 

 

*
 

 

Dernier cri

 

J’écris ce poème avec de la fumée

Avec du sable avec de l’ombre

Mes mains s’enfoncent dans la neige

Sans jamais rencontrer la terre

Mais tout à coup le vent disperse la poussière

La poussière du poème

Tout à coup un cheval couronne de sa mort

Le royaume ébloui que me prête l’hiver

Tout à coup un rose éclate les ténèbres

Tout à coup un poisson ruisselle sur la table

Tout à coup un oiseau traverse la fenêtre

Et la maison s’effondre en gerbe de cristal

 

Il reste le cri nu de la réalité

Le cri pulvérisé de l’œuf en train d’éclore

Le cri rouge du rat encerclé par le feu

La nudité de l’os quand retombe la cendre

L’évidence du roc de la dent arrachée

Ce qui vibre immobile et se tord de fureur

La clarté sans issue où gravite la mer

La terreur du granit que le gel assassine

Les objets à pétrir comme un pain de famine

Le présent à saisir dans son flagrant délit

 

Christian Bachelin

Publié dans Les marcheurs de rêve

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