Divaguation

Publié le par la freniere

J’ai toujours beaucoup regardé les murs de ma chambre lorsque j’étais petit. J’y voyais toutes les angoisses de la vie s’y révéler dans un morceau de tapisserie déchirée.  Je devrais dire les murs de l’unique pièce à vivre. Les murs comme une seconde peau où se regarder grandir. D’ailleurs je n’ai jamais appelé ça un appartement. C’était une partie d’un ancien couvent avec un placard à charbon. Personne ne m’a jamais enfermé dedans, à part moi pour m’isoler et rêver. Mon lit entouré d’un cosy des années cinquante était mon seul refuge. Je vivais avec mon grand père et ma grand-mère avec des souvenirs d’avant l’avant. Le frère de mon grand-père mort à 34 ans en sautant à cheval  d’un pont de la Loire, Le départ à 14 ans de mon grand-père pour la marine à Marseille. Des tas de petits cailloux enveloppés dans du papier de bonbons à savourer avec parcimonie quand l’absence réveille les souffrances d’enfant.

 

Le temps n’avait pas bien vieilli

Il n’avait pris aucune ride

Mais il sentait pourtant la naphtaline

J’y croquais le bleu des rêves

Avec l’insouciance des enfants de pauvres…

De quelle époque étais-je ?

Où étaient mes racines ?

Particule non identifié brûlant l’eau salée des grandes marées

J’avais renoncé à la souffrance très jeune

Certes, elle m’a bien rattrapée

Mais je l’ai domptée de nombreuses années

Mes mystères me sautaient à la gorge

Comme un repas mal digéré, un réveil du dimanche trop matinal

Une brise du large qui ne s’engouffre pas dans les cheveux

Une ligne d’horizon qui nous échappe inlassablement

Qui abolit les perspectives

J’étais triste et heureux à la fois

Cette ambivalence charnelle

Qui dévore toute imagination

Tout projet

Impossible de me projeter dans un quelconque avenir

Y avait-il un avenir, d’ailleurs

Un faux semblant où l’on s’évertue à laisser trace

Quelles traces ont laissé les hommes

qui méritent  de vivre uniquement par procuration

Notre imperfection est criarde

L’injustice ne fait plus pleurer que les enfants

 

Le soleil était toujours trompeur à la terrasse du « café chaud » où nous refaisions le monde. Depuis le monde va plutôt plus mal et nous, nous mesurons notre réussite mathématiquement, numériquement sur un modèle oublié, dépassé qui sent la révolte. J’ai une envie de jouer au « flipper » dans le café du centre avec Raphaël et les trois petits cochons. Une rencontre insolite, imprévue…de celles qui vous font croire que tout est possible. Merci RM.

Et pourtant je reste intraçable… scorie d’un passage qui ne dérange même pas les feuilles mortes.

 

Jean-Luc Gastecelle

Publié dans Poésie du monde

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