Entouré de ceux qui n'y sont pas

Publié le par la freniere

            On guérit seul

on guérit pauvre de sa naissance,

mais surtout seul.

 

Je ne regrette pas l’isolement.

C’est une identité morale.

On ne meurt qu’entouré

de ceux qui n’y sont pas.

La solitude est toujours la faute des absents,

            ceux qui n’ont pas de voix

pour murmurer au chevet de personne.

 

Même les jours sont seuls,

pleurant dans les ruelles de gazoline,

les matins de nuits blanches immaculées

qui ne tacheront pas les draps

ni plus tard les mouchoirs.

 

Des vautours sont cloués

aux portes épaisses

de celles qui pleurent le long des jambes

les larmes de race prisonnière,

en criant que même les enfants ont peur

des ténèbres de leurs ventres,

encore trop innocents pour savoir

que la mort est le contraire de la solitude.

 

Je le sais, qu’on est seul,

comme de ne pas bander au Paradis

avec les panthères de fudge,

enfermées avec personne

dans les armoires de la garderie.

 

Denis Vanier   Hôtel Putama, Éditions de la Huit, 1991

Publié dans Denis Vanier

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